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L’acériculteur Jean-Paul Tardif souhaite que l’aide gouvernementale aux propriétaires d’érablières commerciales prenne une autre forme que des prêts. Photo : Gracieuseté de l’Érablière du Cap

L’acériculteur Jean-Paul Tardif souhaite que l’aide gouvernementale aux propriétaires d’érablières commerciales prenne une autre forme que des prêts. Photo : Gracieuseté de l’Érablière du Cap

Les cabanes à sucre commerciales tentent de sauver leur peau

Les dettes s’additionnent à un rythme effarant pour l’acériculteur Jean-Paul Tardif, qui possède avec sa famille une cabane à sucre commerciale servant des repas à Lévis. Ayant été incapable d’ouvrir sa salle cette année, et assumant des frais fixes importants, il s’agrippe à l’espoir d’être aidé par les gouvernements afin de recevoir des subventions « pour essayer de sauver notre peau », dit-il, sur un ton sérieux.

Pas le seul

Des cabanes à sucre en difficulté financière, d’autres près de la faillite ou déjà à vendre. Voilà le portrait peu reluisant brossé par une étude commandée par le ministère du Tourisme du Québec sur la situation des cabanes à sucre commerciales qui ne peuvent servir des repas en cette période de pandémie. Stéphanie Laurin, qui incarne la relève de l’entreprise Chalet des Érables, située à Sainte-Anne-des-Plaines dans les Laurentides, s’inquiète également du taux d’endettement généré par la pandémie. L’endroit sert habituellement près de 80 000 repas pendant le temps des sucres. « Seulement pour notre entreprise, nous aurons 1 M$ de dettes en un an. C’est ça, la réalité. Si on n’ouvre pas la saison prochaine, et si on ne reçoit pas d’aide du gouvernement, 75 % des cabanes à sucre [servant des repas] disparaîtront. Ça n’a aucun bon sens. C’est pour ça que je tente de les sauver », explique-t-elle.

Une association

Devant la gravité de la situation, Mme Laurin a fondé en juillet l’Association des salles de réception et érablières du Québec. Une étude réalisée par cette association indique qu’il y a officiellement 200 cabanes à sucre servant des repas. De ce nombre, 14 ont déjà fermé, 16 sont à vendre et 50 affirment qu’elles délaisseront les repas. « Sur la centaine de cabanes qui resteront finalement en opération, 37 se disent près de la faillite », précise Mme Laurin.

Stéphanie Laurin commence habituellement en septembre à préparer les marinades qui seront servies pendant le temps des sucres. Mais cette année, rien. « On ne prend pas de chance. On fait comme si on n’allait pas ouvrir », mentionne-t-elle, ajoutant que les repas pour emporter ne sont pas assez rentables pour justifier le maintien des activités. Elle demande une aide financière spéciale du gouvernement, disant que les compensations offertes aux restaurants basées sur les ventes du mois d’octobre ne peuvent pas s’appliquer aux cabanes à sucre comme la sienne qui réalisent la majorité de leur chiffre d’affaires au printemps.

Selon une étude réalisée par la nouvelle Association des salles de réception et érablières du Québec, il y aurait officiellement 200 cabanes à sucre servant des repas. De ce nombre, 14 ont déjà fermé, 16 sont à vendre et 50 affirment qu’elles délaisseront les repas.

Selon une étude réalisée par la nouvelle Association des salles de réception et érablières du Québec, il y aurait officiellement 200 cabanes à sucre servant des repas. De ce nombre, 14 ont déjà fermé, 16 sont à vendre et 50 affirment qu’elles délaisseront les repas.

Frais fixes de 30 000 $ par mois

Jean-Paul Tardif précise que les frais fixes d’une salle comme la sienne s’élèvent à 30 000 $ par mois, incluant les assurances, les taxes, les frais d’entretien, etc. La production acéricole de ses 4 000 érables est loin de pouvoir suffire à compenser la perte de ses repas aux tables.

Il a obtenu le soutien des Producteurs et productrices acéricoles du Québec de même que d’une association de restaurateurs de produits de l’érable de l’Ontario, notamment. Il veut faire pression sur les gouvernements provinciaux et fédéraux afin de recevoir des subventions qui couvriront ses frais d’exploitation « tant et aussi longtemps que le gouvernement ne nous permettra pas d’opérer normalement », renchérit sa fille Christine Tardif.

L’aide de Québec, pour l’instant, consiste en des garanties de prêt dont les Tardif ont profité pour un montant qui s’élève maintenant à 167 000 $ depuis mars dernier. « On avait une entreprise payée, et on est en train de s’endetter. Ça va arrêter où cette histoire-là? » se questionne Jean-Paul Tardif. 

Beaucoup de cabanes au noir

L’acériculteur Jean-Paul Tardif assure qu’il existe beaucoup plus de 200 propriétaires de cabanes à sucre servant des repas. « Plusieurs opèrent au noir, car ils ne veulent pas du module d’enregistrement des ventes. Ces gens-là sont très touchés par la situation actuelle et beaucoup sont en difficulté, mais ils ne veulent pas crier trop fort, car ils ne veulent pas que le gouvernement les ramasse et les oblige à avoir le module. Ce n’est pas évident pour eux », souligne M. Tardif, qui est la voix des propriétaires de cabanes à sucre servant des repas au sein des Producteurs et productrices acéricoles du Québec.