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Photo : Archives / TCN

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Le coronavirus : nouvel ennemi du marché des engrais

Le fameux coronavirus, responsable de la COVID-19, pourrait bien faire une victime collatérale qui ne figurera pas sur les listes officielles : le producteur agricole.

Invité à se prononcer sur les tendances du marché des engrais et des intrants au chapitre des prix, le directeur des achats de fertilisants pour l’Est du Canada chez Sollio Agriculture, Frédéric Delorme, mentionne deux facteurs incontournables : la faiblesse du dollar canadien par rapport aux autres devises… et le coronavirus.  « Habituellement, le prix des engrais est dicté par le rapport de l’offre et la demande, mais pas cette fois-ci », analyse-t-il. Plus grand exportateur de fertilisants au monde, la Chine a vu son économie durement affectée par l’arrivée de la COVID-19 en décembre dernier. « La production d’azote et de phosphore a naturellement beaucoup ralenti. C’est clair maintenant qu’avant de reprendre les exportations, ils vont conserver les fertilisants pour leurs propres cultures. »

Jumeler la COVID-19 à une économie mondiale qui commençait déjà à être enrhumée, voilà un cocktail qui engendre de l’incertitude et dont les impacts pourraient se faire sentir en mai ou en juin ici au Québec. « Et l’incertitude, soit ça raffermit les prix, soit ça les fait monter, même s’il y a moins de demande », poursuit Frédéric Delorme.

Pourtant, jusqu’à tout récemment, les producteurs agricoles pouvaient encore entrevoir un horizon ensoleillé. En effet, ces derniers jours, les prix de la potasse (-5 à 10 %) et du phosphore (-10 à 20 %) étaient toujours en recul par rapport à ceux de mars 2019.

Pour illustrer à quel point ce jeu ne répond plus aux règles traditionnelles, Frédéric Delorme donne l’exemple de la potasse. L’offre dans ce marché surpasse de beaucoup la demande, ce qui devrait logiquement tirer les prix encore plus vers le bas. « C’est le jeu du chat et de la souris. Les acheteurs attendent de voir la direction que ça va prendre. Il n’y a rien qui a été signé avec la Chine, mais si ça se fait et qu’il y a une demande énorme là-bas, il pourrait y avoir une incidence à la hausse sur les prix. » 

Dans ce tableau, l’urée fait bande à part en étant le seul engrais à coûter plus cher qu’un an auparavant. « Les analystes prévoient entre 93 et 95 millions d’acres en culture de maïs aux États-Unis cette année. Si le printemps est rapide et hâtif là-bas, il va y avoir une énorme demande pour l’urée ou pour l’azote et ça va se répercuter sur les prix ici. Dans le cas d’un printemps excessivement long, cela aurait un effet contraire : une stabilité des cours puis une baisse », prévoit le représentant de Sollio Agriculture.

Bernard Lepage, collaboration spéciale