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Selon la chercheuse Jennifer Ronholm, du Département de sciences alimentaires de l’Université McGill, les virus ne se multiplient pas dans la nourriture. Photo : Carine Touma

Selon la chercheuse Jennifer Ronholm, du Département de sciences alimentaires de l’Université McGill, les virus ne se multiplient pas dans la nourriture. Photo : Carine Touma

La contamination alimentaire, pas un enjeu majeur de la COVID-19

Depuis le début de l’année, les activités agricoles et l’approvisionnement alimentaire se déroulent dans un contexte de crise sanitaire. Un nouveau coronavirus, le SARS-CoV-2 qui cause la maladie respiratoire COVID-19, a provoqué une pandémie quelques mois après avoir été détecté en Chine en décembre dernier.

Comme des coronavirus connus affectent le système digestif ou respiratoire des animaux d’élevage, certaines craintes ont été soulevées avec l’apparition de ce nouveau coronavirus. Pour l’instant, aucun cas d’infection n’a été rapporté chez les animaux d’élevage. Une étude parue début avril suggère même que les porcs et les poulets ne sont pas sensibles à ce nouveau virus. Les autorités de santé publique ont tout de même recommandé aux entreprises agricoles de veiller à la biosécurité de leurs établissements pour protéger les travailleurs et les animaux.

Par ailleurs, selon l’Agence canadienne d’inspection des aliments, « rien ne prouve que la nourriture soit une source de transmission de la COVID-19 ». Une fois qu’une maladie se transmet d’humain à humain, la contamination alimentaire n’est pas un enjeu majeur, précise Jennifer Ronholm, chercheuse et professeure adjointe au Département de sciences alimentaires de l’Université McGill. Selon elle, trop d’éléments « doivent s’aligner parfaitement en faveur du virus » pour que les aliments et les emballages soient un vecteur de transmission efficace.

Après la parution d’une étude indiquant que le nouveau coronavirus peut demeurer sur le plastique jusqu’à trois jours, et moins d’un jour sur le carton, on a entendu parler de « durée de vie » du virus sur les surfaces. « “Vivant” est un mauvais mot à utiliser lorsqu’on parle d’un virus, explique Jennifer Ronholm. Il est soit infectieux ou non, et il doit être intact pour l’être. » La microbiologiste rappelle que, contrairement aux bactéries, en dehors d’un hôte, les virus ne se multiplient pas et se dégradent rapidement.

Collaboration internationale

Même si les bonnes pratiques d’élevage préviennent la majorité des contaminations de pathogènes comme E. coli et Salmonella, Jennifer Ronholm croit qu’on ne sera jamais à l’abri de nouveaux cas.

La chercheuse travaille notamment sur le séquençage de génomes entiers de bactéries. Elle se réjouit de la mise sur pied de bases de données internationales consignant le génome de pathogènes détectés sur des aliments précis. Grâce à celles-ci, il est possible d’établir un lien entre quelques cas d’infection et retracer l’aliment à la source de la contamination ainsi que les producteurs ou les consommateurs touchés. « On peut presque stopper une éclosion avant qu’elle ne se déclare, dit la microbiologiste. C’est incroyable et ça va probablement permettre de sauver bien des vies. »

Le pouvoir du microbiome

L’étude du microbiome gastro-intestinal des animaux d’élevage a beaucoup de potentiel, selon Jennifer Ronholm. Les bactéries du système digestif pourraient en effet influencer certains paramètres agroalimentaires, comme la quantité de vitamine B12 dans le lait de vache ou la prise de poids chez les poulets.

Carine Touma, Agence Science-Presse