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Le producteur Gérard Bouchard, de Saint-Félicien au Lac-Saint-Jean, se désole que la demande de lait bio ne soit pas plus élevée. « On n’a pas fait la job pour vendre notre produit bio », a-t-il souligné lors de l’assemblée, affirmant qu’il serait grand temps d’expliquer aux consommateurs les avantages du lait bio, d’un point de vue environnemental notamment. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

Le producteur Gérard Bouchard, de Saint-Félicien au Lac-Saint-Jean, se désole que la demande de lait bio ne soit pas plus élevée. « On n’a pas fait la job pour vendre notre produit bio », a-t-il souligné lors de l’assemblée, affirmant qu’il serait grand temps d’expliquer aux consommateurs les avantages du lait bio, d’un point de vue environnemental notamment. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

Les producteurs de lait bio demandent l’aide des conventionnels

La demande de lait bio est quasi-­stagnante depuis deux ans, ce qui entraîne une baisse de la prime versée aux producteurs et une liste d’attente qui s’étire, malmenant les finances des fermes en attente. Voilà qui incite les membres du Syndicat des producteurs de lait biologique du Québec à demander l’aide financière de leurs confrères sous régie conventionnelle.

« On ne l’a pas vu venir », a admis Bryan Denis, le président du syndicat, au sujet de la concurrence féroce que livrent les boissons végétales aux produits laitiers bio. Le niveau d’utilisation du lait bio en souffre et demeure en deçà des attentes. Près de 10 millions de litres de lait bio sont vendus comme du lait conventionnel et au prix du conventionnel. Le niveau de la prime versée au producteur est en constante diminution depuis quatre ans et les projections ne sont guère plus encourageantes avec une croissance envisagée de la demande se situant entre 1 et 2 % pour 2022. Cette croissance devrait par ailleurs être facilement compensée par la hausse de production des producteurs bio déjà en place. Plusieurs achètent du quota lorsqu’ils le peuvent et augmentent leurs volumes de lait livrés.

Le hic, c’est que 15 fermes – même bientôt 16 – sont en attente pour vendre leur lait au prix du bio. Les 15 sont toutes déjà certifiées biologiques. Elles paient ainsi leurs intrants bio plus cher que les intrants utilisés dans le conventionnel, sans par contre recevoir la prime du bio. Une situation qui crée du mécontentement.

Lors de l’assemblée générale du Syndicat des producteurs de lait biologique du Québec, tenue le 21 janvier par visioconférence, Mélissa Bordeleau, copropriétaire de la Ferme des grès, a signifié à la centaine de personnes présentes que sa ferme sera certifiée dans deux semaines et elle ne voit pas le jour où elle pourra faire partie du groupe qui reçoit la prime bio. « Dites-nous des messages clairs. […] Si vous n’avez pas besoin de nous, dites-le. Vous savez c’est quoi payer les intrants! Oui, on l’a fait par valeur, mais ça nous étrangle », a-t-elle lancé, indiquant qu’elle perdra près de 100 000 $ par année en raison des coûts de production plus élevés du bio. L’agricultrice de la Mauricie a ajouté que son conjoint et elle ont d’ailleurs investi 1,4 M$ pour répondre à l’appel du bio.

De l’aide S.V.P.

Le président Bryan Denis a dit comprendre parfaitement la situation, sauf que celle-ci n’est pas simple à régler. D’une part, il est important d’avoir des producteurs en attente afin de répondre aux besoins des transformateurs qui ­désireraient un volume additionnel de lait bio. Sans un approvisionnement fiable et prévisible, ils ne seront pas intéressés à investir dans la transformation du lait bio. Et à ce sujet, un gros projet de transformation serait dans les cartons. D’autre part, les 125 producteurs qui vendent leur lait au prix du bio soutiennent déjà 10 producteurs en attente, en remettant aux cinq premiers 75 % de la prime, et 30 % aux cinq suivants. Idéalement, il faudrait soutenir les 15 producteurs en attente, mais cela serait trop onéreux, d’où la demande aux producteurs conventionnels de les aider à mieux soutenir les producteurs en attente.

Une telle demande représenterait un montant global de 650 000 $ à 800 000 $, soit près de 0,02 $ l’hectolitre, payé par tous les producteurs de lait. Bryan Denis fait valoir que les producteurs bio ont partagé leurs revenus avec les producteurs conventionnels pendant des années, soit une somme de 6,5 à 7 M$ annuellement, représentant de 0,20 $ à 0,25 $ l’hectolitre. 

Cette proposition devra être votée par les Producteurs de lait du Québec à leur prochaine assemblée générale annuelle, le printemps prochain.

L’Ontario tourne le fer dans la plaie

Il fut une époque où les producteurs de lait biologique du Québec vendaient de pleins camions-citernes de lait bio en Ontario. Le Québec se faisait également une fierté de miser sur un système de collecte du lait bio plus efficace et moins cher que celui des Ontariens.

Mais l’Ontario a repris du poil de la bête. Pour stimuler la production intérieure, les Dairy Farmers of Ontario ont changé la structure de redistribution des revenus, et ainsi augmenté la prime de lait bio offerte à leurs producteurs, laquelle atteint près de 32 $ l’hectolitre, soit 55 % de plus que celle des producteurs du Québec.

Le président du Syndicat des producteurs de lait biologique du Québec, Bryan Denis, a fait remarquer que les transformateurs ontariens ont également augmenté la cadence dans leurs achats de lait bio pour alimenter leur marché intérieur. Si bien que les producteurs de lait bio ontariens ont près d’une trentaine de journées de production supplémentaires à combler. « Il faut leur donner ça; leur stratégie semble bien fonctionner », a reconnu M. Denis. Les Producteurs de lait du Québec ont tenté de négocier avec leur voisin afin de leur envoyer leurs surplus de lait bio pour harmoniser l’approvisionnement des usines, sans toutefois obtenir de réponse positive de leur part.

Et comme si ce n’était pas assez, malgré les surplus de lait bio québécois, le Québec a fait venir près de cinq citernes de lait bio de l’Ontario de juin à septembre 2021 en raison, notamment, de la fermeture du pont Pierre-Laporte à Québec, qui aurait causé des ruptures d’approvisionnement de certains transformateurs. Bien que ces livraisons ontariennes n’aient représenté que 0,25 % du volume produit au Québec l’an dernier, une telle situation a fait grincer des dents certains producteurs, à commencer par ceux qui attendent.