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Les résultats du projet ont été présentés dans le cadre des portes ouvertes de l’IRDA en juillet et durant les Conférences scientifiques en phytoprotection du CRAAQ. Photo : David Riendeau

Les résultats du projet ont été présentés dans le cadre des portes ouvertes de l’IRDA en juillet et durant les Conférences scientifiques en phytoprotection du CRAAQ. Photo : David Riendeau

Le sarclage guidé par caméra fait sa place dans les rangs étroits

Depuis une dizaine d’années, la performance des systèmes de détection par caméra s’est nettement améliorée. Ils permettent désormais aux producteurs de positionner le sarcleur afin de suivre les rangs cultivés avec un haut degré de précision et de désherber même lorsque ceux-ci sont à peine visibles à partir de la cabine du tracteur.

Une équipe de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) a voulu déterminer s’il était possible d’employer ce type d’équipement pour réaliser un sarclage tardif en grandes cultures et dans les légumes de transformation biologiques semés en rangs étroits.

« Habituellement, dans les cultures à rangs étroits comme le petit pois vert ou le haricot vert, on passe la houe rotative ou la herse étrille hâtivement. Mais par la suite, on aperçoit des problèmes de morelle (toxique) ou de moutarde (allergène), surtout dans le pois. On voulait savoir si un système de guidage permettait d’effectuer un sarclage tardif », a expliqué Maryse Leblanc, agronome et chercheuse en malherbologie de l’IRDA, dans le cadre des Conférences scientifiques en phytoprotection du CRAAQ, en avril dernier. 

Pour les lecteurs moins habitués à ce type d’équipement, les sarcleurs sont équipés de caméras mesurant la position des rangs à partir de la couleur ou de la hauteur des cultures. Une unité de commande reçoit en temps réel les informations récoltées par les caméras et peut ainsi contrôler la position du sarcleur grâce à un vérin de déplacement, allant de gauche à droite.

Série d’essais

Maryse Leblanc et son équipe ont réalisé une série d’expériences depuis 2019, afin d’évaluer l’effet d’un sarclage tardif dans certaines cultures en rangs étroits et les paramètres optimaux pour le réaliser. Les essais ont été menés au site de l’IRDA à Saint-Bruno-de-Montarville dans des parcelles de petits pois verts, de haricots verts et de soya. Tout d’abord, le travail de différents types de socs (étroit, patte d’oie, plat et témoin) a été mesuré à des vitesses de 4 km/h et de 6 km/h, et ce, sur deux années.

Si un rendement plus faible a été observé en 2021 dans le pois vert, possiblement en raison d’un peuplement malmené par des conditions climatiques plus sèches, le sarclage n’a occasionné aucune différence de rendement dans le haricot vert, à l’exception d’une hausse de rendement avec le soc étroit. L’équipe de l’IRDA n’a pas décelé de différence significative dans le soya.

« Par ailleurs, on constate que les socs ont bien fait leur travail et qu’ils ont laissé peu de mauvaises herbes, sauf peut-être le soc étroit à 4 km/h dans le petit pois en 2019, précise Maryse Leblanc. En 2021, le sarclage semble avoir eu peu d’effet, probablement en raison de mauvaises herbes en levée lors du traitement. »

Le stade des cultures a également été pris en considération, avec un sarclage au stade 1, un autre au stade 2, un cumul de sarclages au stade 1 et au stade 2 et un témoin. « On a noté peu de différences dans le peuplement des trois cultures à l’essai. Cependant, le cumul des deux sarclages a semblé affecter le rendement des petits pois et des haricots verts, constate Mme Leblanc. Le soya n’a pas été dérangé. »

Pour les besoins du projet, l’équipe de l’IRDA a utilisé le système de téléguidage Culti Cam du fabricant Claas. Photo : David Riendeau

Pour les besoins du projet, l’équipe de l’IRDA a utilisé le système de téléguidage Culti Cam du fabricant Claas. Photo : David Riendeau

Impact du système de guidage par caméra

Enfin, l’équipe de l’IRDA a voulu déterminer quel était l’effet du système de guidage par caméra et de la vitesse sur le rendement des cultures et sur la précision du sarclage. Cette dernière expérience a été effectuée sur deux ans, dans des parcelles de petits pois verts et de soya semés dans des rangs de 19 cm d’espacement. Pour mieux refléter la réalité des producteurs, on a réalisé un sarclage avec guidage à 6 km/h, un autre avec guidage à 10 km/h et un sarclage sans guidage à 6 km/h.

Dans les petits pois verts, le peuplement était le même après un sarclage à 6 km/h avec ou sans guidage. Par contre, le sarclage à 10 km/h avec guidage avait affecté le peuplement. « On note que le sarcleur avait de la difficulté à être précis à cette vitesse », commente la chercheuse. Dans le soya, une petite différence a été remarquée dans le passage à 10 km/h, mais celle-ci représentait peu d’impacts. Quant au rendement des petits pois verts, il s’est avéré supérieur avec le sarclage fait par guidage à 6 km/h. Aucune différence notable n’a été enregistrée dans le soya.

« Les résultats démontrent qu’un sarclage plus tardif, à l’aide d’un système de guidage par caméra, est une stratégie qui pourrait être utilisée pour réprimer les mauvaises herbes ayant échappé ou levé après les passages de la houe rotative ou de la herse étrille », résume Maryse Leblanc. Cette opération semble provoquer peu ou pas de réduction de rendement dans les cultures de petits pois, de haricots verts ou de soya semés en rangs étroits.

La chercheuse fait observer que le choix des outils et de la vitesse de passage va dépendre des conditions du sol et de la hauteur des cultures. « Généralement, plus on va vite, plus de terre est projetée sur le rang, donc on ne veut pas enterrer les plants. Donc, c’est du cas par cas. »