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Marchés publics sous-financés

 

« Notre situation financière est la même que celle des producteurs; les marchés publics sont sur la corde raide en permanence », commente la fondatrice et gestionnaire des marchés d’été de Val-David, de Mont-Tremblant et de Bois-des-Filion, Diane Séguin. Malgré les efforts déployés par les gouvernements du Québec et du Canada pour développer le système de mise en marché de proximité et la hausse croissante du nombre de marchés publics au Québec, qui sont passés de 65 en 2007 à 100 en 2014, la question financière reste sensible pour leurs gestionnaires.

Évolution, oui, mais système imparfait

« Il faut faire des efforts tout au long de l’année, ne pas avoir des gestionnaires qui travaillent seulement pour mettre en branle les marchés publics, explique Mme Séguin. Le problème, c’est qu’on nous donne du financement sur une certaine période, puis il s’arrête. Or, notre budget ne s’étire pas dans le temps. S’il y a un fort achalandage au marché de Val-David le samedi, l’argent revient aux producteurs, pas au marché. » Il existe plusieurs moyens pour un marché public de trouver du financement. Dans le meilleur des cas, il s’autofinance, mais pour la majorité d’entre eux, le financement provient principalement du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) et de la municipalité où ils se tiennent. Le lien entre le marché et la ville doit être démontré et reconnu : « Comme on dit dans le jargon, il faut que la ville mette ses culottes, lance la gestionnaire. Si le maire et les élus municipaux s’approprient le marché, nous aurons du financement. » Le programme Proximité, mis en branle conjointement par les deux gouvernements, vise à inciter les producteurs et transformateurs à exploiter les occasions d’affaires que présentent les marchés de proximité (à moins de 150 km du lieu de production). Or, l’aide accordée n’excède pas 70 % du total des dépenses admissibles et ce ne sont pas tous les marchés qui peuvent payer les 30 % restants. « Dans l’idéal, il faudrait davantage développer les subventions locales et gouvernementales pour aider les marchés publics. Les retombées économiques seraient bien plus importantes, affirme Fernande Ouellet, productrice de canard et d’oies au Marché public de Granby et région et copropriétaire de la ferme Rusé comme un canard. Les producteurs n’ont pas les moyens de financer le marché public. Or, un investissement plus important permettrait davantage de publicité, un plus grand achalandage, en plus d’augmenter le nombre de producteurs exposants et de revitaliser le quartier de la ville où il se tient. » Sans oublier l’aide des centres locaux de développement (CLD), des commanditaires, des partenaires, des tables de concertation et des sociétés de développement économique (SDÉ) des différentes régions du Québec qui permettent au consommateur de s’approprier le marché. La location des étals par le producteur représente une autre solution qui fonctionne, puisque le prix n’est pas très élevé.

Faire le poids

« Dans une économie de plus en plus internationale, il est important de développer une économie locale de petits joueurs. Si un jour la production agricole québécoise de masse se fait avaler par un plus gros joueur étranger, on ne mangera pas des carottes qui viennent d’Amérique du Sud alors qu’on est capables d’en produire », soutient la productrice d’oies et de canards. « D’ici deux semaines, l’Association des marchés publics du Québec sortira une revitalisation 2014 de l’étude de 2008 sur la caractérisation des marchés publics afin d’avoir l’heure juste sur la situation actuelle et de continuer à valoriser le travail des producteurs », explique la directrice générale de l’Association des marchés publics du Québec, Solange Fullum.