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Si la plupart d’entre nous ne sommes pas à l’aise de manger des mouches, les animaux, eux, ne s’en rendent même pas compte. Photo : Shutterstock

Si la plupart d’entre nous ne sommes pas à l’aise de manger des mouches, les animaux, eux, ne s’en rendent même pas compte. Photo : Shutterstock

Les insectes pour une économie circulaire

Chaque année, La Terre de chez nous remet une bourse de vulgarisation à un étudiant de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval. Voici le texte qui a valu à Béatrice Dupont-Fortin de la remporter cette fois-ci.

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On entend de plus en plus parler de la consommation d’insectes, soit l’entomophagie, comme solution de rechange à la viande. Dans plusieurs pays, les insectes représentent une source de protéines de très bonne qualité, facilement digestibles et accessibles. Certains sont même considérés comme des mets de choix! Cependant, cette pratique est loin d’être répandue et est peu acceptable en Occident pour des raisons culturelles. Donc, si ce n’est pas pour faire des steaks de ténébrions, pourquoi élever des insectes? Pour diminuer l’impact environnemental des activités agricoles, plusieurs entreprises se tournent vers un modèle d’économie circulaire, c’est-à-dire un ­système dans lequel les « déchets » des uns sont revalorisés par les autres. Le recyclage des résidus biologiques est rendu possible grâce aux pouvoirs extraordinaires des insectes.

Conversion des déchets en protéines

Une des utilisations de ces petites bêtes est la transformation des résidus alimentaires, qui seraient normalement jetés, en ­protéines consommables. Prenons par exemple les larves de ténébrions meuniers, aussi appelés vers de farine. Ceux-ci grandissent en se nourrissant de farine de blé, mais apprécient aussi les résidus de brassage de la bière ou la pulpe des fruits et des légumes. L’apport de produits frais est suffisant pour satisfaire leur consommation d’eau. Dans de bonnes conditions, la larve passe du stade de nymphe (immobile) au stade adulte en environ trois mois. Pour la consommation, ce sont surtout les larves qui sont utilisées, entières ou en farine. L’intérêt provient donc de la réutilisation des matières organiques qui seraient normalement jetées et de leur transformation en protéines animales grâce au pouvoir de conversion alimentaire supérieur des ténébrions. Cent grammes de vers de farine contiennent entre 14 et 25 grammes de protéines, ce qui est comparable au bœuf haché. Cependant, ceux-ci vivent dans un petit bac de rangement et demandent peu d’intrants. Un avantage de cette espèce est qu’elle ne vole pas et ne saute pas, rendant sa ­captivité très facile.

Alimentation animale

Une autre avenue pour l’élevage ­d’insectes est l’alimentation animale. Des recherches sont actuellement menées à l’Université Laval sur les larves de mouches soldates noires comme supplément de protéines pour le bétail. Si la plupart d’entre nous ne sommes pas à l’aise de manger des mouches, les animaux, eux, ne s’en rendent même pas compte. Tout comme les ténébrions, les larves de mouches soldates noires se nourrissent de résidus organiques. Elles sont riches en protéines et en lipides et il a été observé qu’un ajout de retailles de saumon augmentait la teneur en oméga-3 des larves.

De plus, un simple passage dans l’eau bouillante ou au micro-ondes tue les bactéries potentiellement pathogènes et rend les larves sécuritaires pour la consommation du bétail. Ces suppléments peuvent être facilement incorporés sous forme de farine ou même sous forme entière chez les poules ou les poissons par exemple. Leur production génère beaucoup moins de gaz à effet de serre et ne nécessite pas de terres fertiles. Cela permettrait donc de nourrir des animaux dans des régions où les terres sont peu fertiles.

Du fumier d’insectes?

Les insectes convertissent nos résidus alimentaires, mais eux aussi mangent, digèrent et produisent des déchets. Leurs déjections ainsi que leurs mues et leur litière peuvent servir de fertilisant, appelé frass, et augmenter la fertilité du sol. Cela pourrait aider à diminuer le volume d’engrais minéraux. De plus, sa forte teneur en matière organique aide à diminuer le stress hydrique, améliorant ainsi les rendements et également la santé du sol. La teneur en nutriments varie grandement selon la diète fournie, mais à titre d’exemple, le fumier de la compagnie Tricycle à Montréal a un rapport N-P-K de 3-3-2. Il est composé à 75 % de matière organique et contient plusieurs autres oligoéléments nécessaires à la croissance des plantes, tels que le magnésium, le calcium, le soufre, etc.

L’économie de demain

En conclusion, l’utilisation des insectes pour convertir les résidus alimentaires en protéines propres à la consommation permettrait de diminuer le volume de déchets envoyés au dépotoir et le gaspillage alimentaire. De plus, cela pourrait permettre de diminuer la superficie de terres arables destinées à nourrir le bétail. Ces terres agricoles pourraient donc être cultivées pour la consommation humaine. Enfin, les déchets produits par l’élevage des insectes pourraient retourner dans le sol pour l’enrichir et ainsi boucler la boucle. 

Ce créneau est encore très marginal, mais de plus en plus d’entreprises émergent un peu partout. Les contraintes environnementales et sociales pourraient mener à un accroissement de ce secteur. De nombreuses questions restent à approfondir, mais les agronomes de demain pourront certainement guider les entrepreneurs et les éleveurs qui veulent intégrer les insectes dans leur production. Le modèle d’économie circulaire avec les échanges de matières premières représente également une opportunité en or pour des partenariats entre différentes entreprises du Québec. Les insectes possèdent-ils également le pouvoir de stimuler l’économie locale? 

Béatrice Dupont-Fortin, étudiante en génie agroenvironnemental


Une lauréate au bagage imposant

Les projets de recherche auxquels Béatrice Dupont-Fortin participe depuis la fin de sa session universitaire lui font parcourir des milliers de kilomètres pour visiter des fermes de différents secteurs autour de Québec. Photo : Gracieuseté de Béatrice Dupont-Fortin

Les projets de recherche auxquels Béatrice Dupont-Fortin participe depuis la fin de sa session universitaire lui font parcourir des milliers de kilomètres pour visiter des fermes de différents secteurs autour de Québec. Photo : Gracieuseté de Béatrice Dupont-Fortin

Béatrice Dupont-Fortin n’a que 28 ans, et déjà, cette Lavalloise d’origine cumule une myriade de diplômes et d’expériences agricoles. Après un baccalauréat en biologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), une technique en santé animale à Saint-Hyacinthe et un microprogramme de 2e cycle en communication scientifique, voilà qu’elle termine sa deuxième année de baccalauréat en génie agroenvironnemental à l’Université Laval. Le seul texte qu’elle a fait paraître dans le journal étudiant de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, L’Agral, lui a récemment permis de décrocher une bourse annuelle offerte par La Terre de chez nous.

Son article intitulé Les insectes pour une ­économie circulaire (à lire ci-contre) souligne que l’intégration d’insectes dans les cycles alimentaires humain et animal pourrait permettre la revalorisation de certains déchets de production et répondre partiellement à la crise environnementale. En lui attribuant une bourse de 1 000 $, La Terre a tenu à souligner les talents de vulgarisation de cette étudiante qui a d’ailleurs l’intention de reprendre la plume pour L’Agral l’an prochain.

Celle qui a déjà travaillé à la Fromagerie Nouvelle-France de Racine, en Estrie, ajoute présentement une nouvelle corde à son arc en occupant la fonction d’assistante de recherche dans l’équipe du chercheur Stéphane Godbout à l’Institut de recherche et développement en agroenvironnement. Cet emploi d’été lui permettra d’évaluer entre autres la qualité de l’air après les épandages de fumier et les ­techniques de lavage des porcheries dans le but de les optimiser.

Après ses études, la future ingénieure en agroenvironnement souhaiterait se spécialiser dans la construction et la modernisation de bâtiments d’élevage et de serres. 

Myriam Laplante El Haïli, mlaplante@laterre.ca