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Le CILQ propose des mesures pour amoindrir l’impact des futures importations de fromages fins européens

 

MONTRÉAL — L’industrie fromagère canadienne devra bientôt composer avec 16 000 tonnes additionnelles de fromages de spécialité européens, importés sans droits de douane, conséquence de l’accord de libre-échange signé avec l’Union européenne.

Dans ce contexte, le Conseil des industriels laitiers du Québec (CILQ) adresse une série de mesures au gouvernement fédéral afin d’amoindrir l’impact inévitable, sur toutes fromageries canadiennes, de ces arrivages.

Ces mesures, qui vont jusqu’à recommander d’interdire l’entrée au pays de fromages qui ne respectent pas les normes de sécurité canadiennes, ont été dévoilées lors d’une conférence de presse, le 27 février dernier, au siège social du CILQ.

« Il est légitime, pour un État, de refuser l’entrée d’un produit qui ne se conforme pas à ses normes de sécurité, a déclaré le président-directeur général du CILQ, Pierre Nadeau. Ainsi, le Canada pourrait empêcher l’arrivée de tous les parmesans et les gruyères importés d’Europe parce qu’ils sont fabriqués dans des cuves en cuivre, interdites ici. Les mêmes standards devraient aussi prévaloir pour les fromages au lait cru et au sujet de la bactérie Staphilococcus aureus, considérée comme une toxine au Canada, mais pas en Europe. » Le CILQ réclame en outre la réciprocité au sujet des contrôles aux frontières.
Cette association, qui compte Saputo et Parmalat parmi ses membres, revendique donc que les produits importés respectent les mêmes normes et règles que celles exigées des fromageries canadiennes… ou que les normes canadiennes soient appariées aux normes européennes. « C’est une question d’équité et de juste concurrence », a fait valoir M. Nadeau.

Le CILQ propose en outre que les nouveaux quotas de fromages européens entrent au pays sur une période d’au moins sept ans après la date de mise en vigueur de l’entente commerciale. Les fromageries jouiraient ainsi d’un temps d’adaptation de neuf ans au total. Par ailleurs, ces quotas devraient aller « exclusivement aux fabricants de fromages canadiens afin de leur permettre de compenser les ventes perdues ». Les microfromageries, dont les producteurs-transformateurs, ainsi que les entreprises spécialisées dans les pâtes fermes, devraient être privilégiées étant donné que les fromages fins constituent la totalité de leur production.

« Il s’agit là des mesures les plus importantes et qui ne coûtent rien au gouvernement fédéral », a fait remarquer M. Nadeau.

Autres mesures

Le CILQ propose en outre des mesures impliquant des déboursés qui totalisent 3,5 M$ sur la période transitoire de 7 ans. Certaines touchent la promotion de produits fromagers d’ici, d’autres se veulent un appui structurant aux fromageries.

Le volet structurant comporte un appui au développement du Centre d’expertise fromagère du Québec, une aide aux entreprises qui adhèrent à des programmes qualité tels que HACCP (analyse des risques et maîtrise des points critiques), par exemple, et la mise sur pied d’un programme de consolidation de l’industrie fromagère. Ce dernier volet permettrait à des fromageries d’obtenir du financement afin de racheter celles qui ne pourront s’adapter au nouveau contexte.

Le volet promotion comprend notamment une mise à jour du site Web de la Route des fromages fins du Québec, une adhésion gratuite des fromageries à Aliments Québec ainsi qu’un soutien financier au Concours Sélection Caseus.

« L’accord Canada-Union européenne n’est pas une catastrophe, mais représente un très grand défi, réalisable avec une entrée graduelle des fromages européens », a signalé M. Nadeau. Cet accord ne constitue pas une opportunité pour les fromageries canadiennes, « pas à court terme du moins », ne serait-ce qu’en raison du coût du lait moins élevé pour leurs concurrentes européennes. Le coût du lait représente environ 7,50 $ par kilogramme de fromage au Québec, soit de 2 $ à 3 $ plus chers qu’en Europe en raison des subventions.

L’arrivée sur nos marchés de 16 000 tonnes additionnelles de fromages fins européens équivaut à la production totale annuelle des 92 plus petites fromageries au Québec, tous laits confondus. Le Québec compte 108 fromageries.