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Pour solutionner le problème de l’implication inégale des membres, Jasmine Bélanger-Gulick et les Bio Locaux ont décidé que tous doivent désormais donner un minimum de 10 heures d’implication en plus d’un nombre d’heures par tranche de ventes. Sinon, une compensation doit être payée.

Pour solutionner le problème de l’implication inégale des membres, Jasmine Bélanger-Gulick et les Bio Locaux ont décidé que tous doivent désormais donner un minimum de 10 heures d’implication en plus d’un nombre d’heures par tranche de ventes. Sinon, une compensation doit être payée.

La dure réalité des petits joueurs

La faillite de la Coopérative La Mauve en janvier a mis en lumière la dure réalité, souvent taboue, de plusieurs petites fermes et organismes qui peinent à générer des bénéfices en vendant des produits locaux en circuits courts.

À l’exception du Réseau des fermiers de famille d’Équiterre, « toutes les autres organisations [qui vendent des produits agricoles en circuits courts] tirent le diable par la queue », tranche François Handfield, copropriétaire d’une épicerie de produits locaux et d’une petite ferme maraîchère à Mont-Tremblant. Cet ancien président de la Coopérative pour l’agriculture de proximité écologique (CAPÉ) mentionne que quelques fermes et organismes réussissent alors que d’autres s’épuisent et ferment. « Ceux qui ferment, c’est parfois de leur faute; ils manquent de formation. Mais dans d’autres cas, les gens avaient tout ce qu’il fallait. C’est juste dur », dit M. Handfield. 

« La game est dure »

Geoffroy Ménard, agroéconomiste spécialisé en mise en marché au Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité, reconnaît que la « game est dure » pour les petits joueurs. Il fait remarquer que le facteur le plus déterminant pour le consommateur demeure le prix du produit. Sans économie d’échelle pour atteindre un prix compétitif, les petites fermes et les regroupements de producteurs doivent rivaliser avec l’efficacité des grossistes et les géants du détail. « Les distributeurs et les détaillants se prennent typiquement une marge entre 25 et 50 % chacun sur le prix vendant. Le producteur voit ça et se dit qu’il pourrait empocher ces pourcentages s’il faisait lui-même la vente de son produit ou s’il se regroupait avec d’autres producteurs. Mais c’est parfois de la pensée magique ou de la naïveté. Quand tu calcules tous les frais d’exploitation, par exemple d’une coopérative de producteurs, tu te rends compte qu’elle doit se prendre une marge similaire pour arriver », calcule-t-il.

L’agroéconomiste tient le discours que les petits producteurs ont avantage à regrouper leur mise en marché. L’échec de la Coopérative La Mauve l’a cependant secoué et l’amène à souligner l’importance, pour les producteurs qui veulent se regrouper, d’avoir une grande rigueur en gestion et en marketing. « Ils doivent se faire connaître, arriver à créer un engouement chez le consommateur et offrir de la flexibilité, c’est-
à-dire éviter d’offrir une seule livraison de produits par semaine dans un point de chute. » 

Nécessité de répondre à un besoin

L’agricultrice Johanne Breton, qui est propriétaire d’une petite ferme maraîchère sous régie biologique à Ulverton en Estrie, s’est impliquée dans différents projets de mise en marché collective agricole, dont l’Écomarché de L’Avenir aujourd’hui fermé. « Ce projet n’a pas duré cinq ans. On a eu des subventions au démarrage, pour l’achat des frigos, etc. Après, le projet a floppé. On espérait que le monde de Drummondville [la plus grosse ville à 20 minutes de L’Avenir] se déplacerait, mais c’était un peu utopique. Et L’Avenir, c’est juste 1 000 habitants », mentionne-t-elle.

Mme Breton affirme que ce genre de projet doit, pour tenir la route, répondre à un réel besoin de la population, susciter l’implication du milieu et obtenir du financement au-delà du démarrage. Autrement, selon elle, c’est peine perdue.

Grand potentiel, mais fragile

Vingt petits producteurs de fruits et légumes ont uni leurs forces en 2015 sous le nom des Bio Locaux, afin de faire leur place sur le marché montréalais. Si les ventes de leurs paniers augmentent depuis six ans, leur concept collectif connaît des hauts et des bas, atteste la responsable Jasmine Bélanger-Gulick. « Il y a deux ans, nous avons eu un déficit. Ce n’était pas rassurant. Nous avons rationalisé nos activités et avons fait le sacrifice de baisser la marge sur nos fruits et légumes livrés. Le succès a été au rendez-vous, et je crois que l’avenir est positif, mais ça demeure toujours fragile », affirme celle qui exploite la Ferme du Haut-Vallon, de Frelighsburg, en Montérégie. Elle explique que prendre des décisions d’affaires à 20 personnes demeure un défi en soi. Et l’implication des membres fait parfois défaut.

Au lieu de subventionner Bombardier

L’agricultrice Johanne Breton a écrit à La Terre afin de lui faire part de sa déception et de son découragement à la suite de la faillite de la Coopérative La Mauve, dans Bellechasse. « La Mauve, c’était des pionniers. Les gens qui ont parti ça, je les ai vus faire. Ils avaient les pieds sur terre et l’appui de leur communauté. Ils avaient tout pour réussir. Quand j’ai appris la faillite, ça m’a affecté. Je me suis dit : “Ah non, ça ne se peut pas! Si eux n’ont pas réussi avec cette formule, qui va réussir?” » s’interroge Mme Breton. Elle ajoute du même souffle : « Ce qui m’enrage, c’est qu’on a donné des millions à Bombardier. […] Mais on aurait dû subventionner l’agriculture. […] Les retombées auraient été plus élevées à dynamiser le milieu agricole », estime-t-elle.

Si elle croit que l’État doit subventionner davantage les projets créateurs de richesse en région, elle reconnaît que les subventions ne sont pas une panacée. « Il faut des projets sérieux », assure-t-elle.