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La viande contenue dans les pâtés au poulet que St-Hubert vend en épicerie provient de Thaïlande. Crédit : St-Hubert

La viande contenue dans les pâtés au poulet que St-Hubert vend en épicerie provient de Thaïlande. Crédit : St-Hubert

Du poulet de Thaïlande dans les pâtés de St-Hubert

La semaine dernière, La Presse+ a révélé que les pâtés au poulet vendus en épicerie par St-Hubert contenaient des cubes de viande blanche provenant… de Thaïlande. Un enjeu de disponibilité, fait valoir l’entreprise, alors qu’Olymel et Exceldor ont affirmé à La Terre pouvoir maintenant répondre à cette demande.

L’article du quotidien montréalais rapportait pourtant une information différente de la part de Ghislain Ouimet, vice-président aux achats de St-Hubert. Selon lui, l’ingrédient principal de ces pâtés au poulet, « des cubes d’un demi-pouce de viande blanche, cuits et surgelés, livrés en flot constant à l’usine de Boisbriand », ne sont pas disponibles « ici ». Qui plus est, leur coût serait « probablement de 50 % plus élevé » s’ils provenaient d’un fournisseur local, indique l’article.

Des cubes made in Québec

Les représentants d’Olymel et d’Exceldor, deux transformateurs et partenaires commerciaux de St-Hubert, donnent pourtant un autre son de cloche.

Interrogée par La Terre, Olymel affirme être désormais disposée à fabriquer des cubes de poulet. « À une certaine époque, ce n’était pas possible, mais on a investi dans des usines dernièrement et on serait en mesure de répondre à cette demande », a indiqué en entrevue téléphonique Richard Vigneault, responsable des communications chez Olymel.

De son côté, Exceldor souligne que même si ce type de produit ne fait pas partie de son catalogue actuel, l’entreprise serait « probablement en mesure de le faire », a mentionné par courriel Stéphanie Paquet, conseillère en communication et marketing chez Exceldor. « Cependant, la faisabilité d’un projet ne dépend pas seulement de l’équipement disponible. Nous devons connaître précisément les spécifications du produit. »

Invitée à réagir, St-Hubert a indiqué son intention de reprendre les discussions avec les transformateurs locaux. « On va certainement vérifier ce qu’ils peuvent faire, a expliqué en entrevue téléphonique Josée Vaillancourt, directrice, Fondation St-Hubert et Relations publiques. Des fois, on a de belles surprises. » Mme Vaillancourt avait au préalable transmis une réaction par courriel. « Pour certains items vendus au détail, nous utilisons des produits d’origine internationale pour pallier un manque de disponibilité », avait-elle d’abord mentionné avant de souligner que les poulets servis dans ses rôtisseries proviennent pour leur part de fermes du Québec et du Canada. « Notre engagement envers les Québécois est celui de toujours nous approvisionner localement, mais seulement si nos standards et spécifications peuvent être respectés », a-t-elle ajouté.

Concurrence déloyale

Questionné sur le sujet, le président des Éleveurs de volailles du Québec, Pierre-Luc Leblanc, a souligné que les normes d’élevage au pays respectent des standards élevés et que ceux-ci ne sont pas nécessairement les mêmes ailleurs dans le monde. Il en va de même des conditions de travail des personnes impliquées dans l’élevage et la transformation du poulet, croit-il. « Il y a un problème au niveau de la réciprocité des normes, a-t-il indiqué en entrevue avec La Terre. Ça ouvre la porte à de la concurrence déloyale. »

Selon lui, l’achat de poulet à l’étranger par des transformateurs alimentaires canadiens comme St-Hubert pourrait être mal perçu par les consommateurs québécois. « Les gens veulent savoir ce que contient ce qu’ils achètent, que ce soit pour des raisons éthiques ou morales », explique-t-il.

Plus de 26 M$ d’importations

St-Hubert n’est pas la seule entreprise canadienne à s’approvisionner en poulet issu en partie de l’étranger. Selon les chiffres de Statistique Canada, le pays a importé des « préparations et conserves de viandes ou d’abats – de coqs ou de poules » pour une valeur dépassant les 26 M$ en 2018. De ce montant, 13,2 M$ provenaient d’échanges avec la Thaïlande et 11,5 M$ avec les États-Unis. En 2010, la valeur de ces échanges s’élevait respectivement à 484 545 et à 6,3 M$.