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Deux producteurs, dont Pascal Forest dans Lanaudière, ont testé des cultivars de tomates Kraft Heinz pour la fabrication de ketchup cet été. Photos : Gracieuseté de Pascal Forest

Deux producteurs, dont Pascal Forest dans Lanaudière, ont testé des cultivars de tomates Kraft Heinz pour la fabrication de ketchup cet été. Photos : Gracieuseté de Pascal Forest

Des cultivars de tomates Kraft Heinz testés au Québec

Deux agriculteurs du Québec ont pu tester l’été dernier des cultivars de tomates développés par Kraft Heinz. Malgré le défi immense que représente le projet, dû à l’absence d’installations requises pour fabriquer la pâte de tomates en ce moment, les Producteurs de légumes de transformation du Québec (PLTQ), appuyés par le gouvernement provincial, ne perdent pas espoir d’approvisionner un jour la nouvelle ligne de production montréalaise de ketchup du géant américain.

« On a reçu une subvention du MAPAQ pour le projet d’essai de cultivars », souligne le président des PLTQ, Pascal Forest, précisant que son organisation et le ministère de l’Agriculture du Québec (MAPAQ) ont longuement insisté auprès de Kraft Heinz avant que l’entreprise n’accepte finalement de partager six de ses cultivars pour la réalisation de tests. M. Forest, qui est agriculteur à Saint-Jacques dans Lanaudière, raconte avoir produit de ces tomates sur 0,2 hectare. Pierre-Luc Barré, de son côté, a fait des tests sur environ 800 m2 cet été, à sa ferme de Saint-Damase en Montérégie. Les rendements, dit-il, ont été très élevés, en raison du climat propice, mais aussi parce que son entreprise dispose de l’expertise et de l’équipement requis pour cultiver ce type de produit destiné à la transformation. « Moi, ça ne me rentrait pas dans la tête qu’on ne laisse même pas aux producteurs [du Québec] la chance de tester le produit [alors qu’il y a une usine de production de ketchup à Montréal] », lance-t-il. Rappelons que le climat du Québec est une autre embûche potentielle à la production de tomates issues de cultivars développés par Kraft Heinz.

Selon l’agronome Myriam Gagnon, qui a accompagné les deux producteurs cet été, les premiers tests réalisés aux champs sont néanmoins encourageants. « Les essais effectués sur de petites surfaces ont permis de valider notre capacité à produire sous nos conditions », assure-t-elle. Une deuxième phase de tests est prévue l’an prochain.

L’agronome Myriam Gagnon a accompagné les producteurs pour les tests cet été.

L’agronome Myriam Gagnon a accompagné les producteurs pour les tests cet été.

Toute une saga

A priori, les tomates récoltées pour les tests devaient être transformées au Québec. Toutefois, devant l’incapacité à obtenir les équipements requis à temps, les produits frais ont finalement été envoyés par camion à une usine de Californie. Pascal Forest affirme avoir utilisé son « système D » en demandant à un transporteur qu’il connaissait d’apporter le plus de tomates possible à bon port.

« La transformation doit se faire dans un délai de 96 h après la récolte, qu’on a faite à la main, raconte le producteur. Il y a une mini-usine en Californie. [Les équipements] là-bas peuvent faire passer le produit frais au ketchup », détaille-t-il. M. Forest spécifie que 350 kg de tomates issues de sa production ont finalement pu être transformés.

Résultats préliminaires positifs

Les résultats préliminaires partagés par Kraft Heinz lors de rencontres avec les PLTQ sont « positifs », selon Pascal Forest, notamment en ce qui a trait au goût du ketchup produit. « Ils nous ont dit que le mûrissement des tomates était un peu trop avancé, mais c’est juste parce qu’on a dû les transporter en Californie », explique-t-il. Questionnée à ce sujet, Kraft Heinz n’avait toujours pas répondu à La Terre, au moment de mettre le journal sous presse. 


Une usine de pâte de tomates sur la planche à dessin

Le fondateur de la compagnie de condiments Canada Sauce, Simon-Pierre Murdock, a pour ambitieux projet de faire construire sa propre usine de pâte de tomates au Québec d’ici 2024. L’entrepreneur de Saguenay ne se dit « pas fermé » à l’idée d’approvisionner l’usine Kraft Heinz de Montréal.

« Chez Canada Sauce, on a un bon volume de vente, mais on est une goutte d’eau dans l’océan du ketchup », admet celui dont le projet d’usine est évalué à 50 M$. Il se dit donc prêt à avoir des compétiteurs comme clients pour l’achat de pâte de tomate à forts volumes « si c’est bon pour l’industrie ». M. Murdock s’est d’ailleurs déjà entretenu avec les Producteurs de légumes de transformation du Québec (PLTQ) et une dizaine de producteurs pour explorer la possibilité d’un projet de concertation. « Si on veut changer les choses, il faut s’asseoir et concerter les joueurs comme Heinz et les producteurs […] pour voir si une alliance peut être faite […] et si Heinz peut devenir un client de l’usine. »

Canada Sauce dispose déjà de sa propre usine de transformation à petite échelle dans le secteur de Chicoutimi. Avec son projet, Simon-Pierre Murdock espère transformer des tomates à plus forts volumes.

Simon-Pierre Murdock croit que les joueurs de l’industrie auraient avantage à travailler de concert. Photo : Gracieuseté de Canada Sauce

Simon-Pierre Murdock croit que les joueurs de l’industrie auraient avantage à travailler de concert. Photo : Gracieuseté de Canada Sauce