La mention « Origine Québec » sera bientôt réservée exclusivement aux spiritueux renfermant une majorité d’ingrédients provenant de la province. Crédit photo : Myriam Laplante El-Haïli / TCN

La mention « Origine Québec » sera bientôt réservée exclusivement aux spiritueux renfermant une majorité d’ingrédients provenant de la province. Crédit photo : Myriam Laplante El-Haïli / TCN

De l’alcool du Québec qui n’est pas… québécois!

Les consommateurs qui achètent un spiritueux du Québec le font souvent pour encourager une distillerie d’ici ou pour goûter un produit du terroir, mais surprise : peu de bouteilles contiennent réellement de l’alcool provenant du Québec.

Le rhum Chic Choc, par exemple, affiche en caractères gras la mention « 100 % Québec », mais lorsqu’on lit les petits caractères, on se rend compte que seules les épices sont « 100 % Québec ». Tout le liquide de la bouteille est importé des Antilles. Certains spiritueux contiennent donc un produit étranger réembouteillé ici. D’autres, par exemple, peuvent renfermer un whisky créé ici mélangé à une portion de whisky étranger.

Alcool neutre de l’Ontario

Le phénomène le plus répandu concerne cependant le grand nombre de spiritueux identifiés comme provenant du Québec, qui sont bel et bien distillés ici, mais dont les ingrédients ne proviennent pas tous de la province. À commencer par l’alcool. « La majorité d’entre nous achète notre soupe [la base d’alcool neutre] de l’usine Greenfield en Ontario, et on la redistille. C’est une question de survie! Si on distillait nous-mêmes le grain, on n’arriverait pas », précise Stephan Ruffo, distillateur et président de l’Association des microdistilleries du Québec. Il mentionne des coûts de production de 8 $ pour une bouteille de gin produite avec une base d’alcool provenant de l’usine ontarienne, laquelle fabrique d’énormes volumes d’alcool industriel et de consommation. Or, s’il créait lui-même sa base d’alcool, son coût de production grimperait à environ 13 $ la bouteille. D’autant plus que l’investissement dans les équipements permettant de créer de l’alcool à partir du grain serait trop difficile à rentabiliser pour une jeune entreprise comme la sienne, dit-il.

Le gin Ungava mise sur une base d’alcool provenant de l’Ontario. Les autres étapes de distillation de même que l’embouteillage sont effectués au Québec. La compagnie mentionne également que ce gin est aromatisé d’herbes et de baies provenant d’espèces indigènes québécoises. Crédit photo : Les Spiritueux Ungava

Le gin Ungava mise sur une base d’alcool provenant de l’Ontario. Les autres étapes de distillation de même que l’embouteillage sont effectués au Québec. La compagnie mentionne également que ce gin est aromatisé d’herbes et de baies provenant d’espèces indigènes québécoises. Crédit photo : Les Spiritueux Ungava

Malaise

Le fait que plusieurs de ces produits qui ne sont pas 100 % québécois sont identifiés à la SAQ par la mention « Origine Québec » crée une certaine confusion chez le consommateur et un malaise chez les microdistillateurs. Stéphane Denis, directeur de comptes, Amériques à la SAQ, souligne qu’il ne faut pas dénigrer les spiritueux québécois contenant de l’alcool de l’Ontario, car plusieurs s’avèrent d’excellents produits. Cela dit, il comprend les consommateurs qui désirent un produit entièrement du terroir. M. Denis confirme d’ailleurs en exclusivité à La Terre que la mention « Origine Québec » sera bientôt réservée exclusivement aux spiritueux renfermant une majorité d’ingrédients provenant de la province. L’Association des microdistilleries du Québec vient pour sa part de rédiger un code d’éthique. « Il n’y a pas de mal à prendre des ingrédients d’ailleurs, mais on veut que nos membres soit transparents et l’indiquent », signale M. Ruffo.

Les spiritueux « 100 % Québec » existent! Des microdistilleries comme Cirka conçoivent leur alcool avec des grains du Québec. Joanne Gaudreau tient ici le Gin 375 issu de maïs, de canneberges, de griottes et de pétales de rose du Québec.Les spiritueux « 100 % Québec » existent! Des microdistilleries comme Cirka conçoivent leur alcool avec des grains du Québec. Joanne Gaudreau tient ici le Gin 375 issu de maïs, de canneberges, de griottes et de pétales de rose du Québec. Les spiritueux « 100 % Québec » existent! Des microdistilleries comme Cirka conçoivent leur alcool avec des grains du Québec. Joanne Gaudreau tient ici le Gin 375 issu de maïs, de canneberges, de griottes et de pétales de rose du Québec. Crédit photo : Martin Ménard/TCN

Les spiritueux « 100 % Québec » existent! Des microdistilleries comme Cirka conçoivent leur alcool avec des grains du Québec. Joanne Gaudreau tient ici le Gin 375 issu de maïs, de canneberges, de griottes et de pétales de rose du Québec.Les spiritueux « 100 % Québec » existent! Des microdistilleries comme Cirka conçoivent leur alcool avec des grains du Québec. Joanne Gaudreau tient ici le Gin 375 issu de maïs, de canneberges, de griottes et de pétales de rose du Québec. Les spiritueux « 100 % Québec » existent! Des microdistilleries comme Cirka conçoivent leur alcool avec des grains du Québec. Joanne Gaudreau tient ici le Gin 375 issu de maïs, de canneberges, de griottes et de pétales de rose du Québec. Crédit photo : Martin Ménard/TCN

Le 100 % Québec existe

Quelques entreprises se distinguent toutefois avec des matières premières entièrement québécoises. Éric Lafrance affirme faire partie de cette catégorie avec son gin et son brandy, tout comme les Distilleries Cirka. « On ne voulait pas utiliser d’alcool neutre de l’Ontario. Les équipements nécessaires pour cuire les grains, les faire fermenter et les distiller sont très dispendieux […], mais le goût et la sensation en gorge sont différents quand tu distilles toi-même des grains locaux », précise la copropriétaire Joanne Gaudreau, qui a mis en marché le Gin 375, fait à partir de maïs, de canneberges, de griottes, de miel et de pétales de roses du Québec.

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