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Crédit photo : Shutterstock.com

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Vivre le rêve de l’autre

« Il rêvait d’avoir un jour une ferme à lui. Moi, j’étais sa blonde d’asphalte. » C’est ainsi que Jocelyne explique sa venue dans le monde agricole. Son histoire est exemplaire, car elle a rapidement adopté le mode de vie de son conjoint en devenant elle-même productrice laitière. Une vie qu’elle a appréciée, « sans regret », remplie de péripéties, de joie, d’amour et de questionnements. À l’aube de la retraite, elle dresse son bilan personnel et réalise qu’elle a « sauté » dans le rêve de son conjoint en oubliant le sien.

« À l’époque, on a saisi les occasions qui s’offraient à nous afin de devenir propriétaires d’une petite ferme laitière », raconte-t-elle. « On a d’abord loué une étable », poursuit celle qui ne se destinait pas à l’agriculture. « Qui prend mari, prend pays », dit-on.

Jocelyne a choisi de suivre celui qu’elle aimait. « Je n’y connaissais rien au début. J’ai tout appris avec lui, pour lui », précise-t-elle. Puis, petit à petit, elle s’est impliquée davantage dans les tâches de la ferme. « Ça n’a pas toujours été rose. On a eu notre lot d’épreuves, mais on s’en est bien sortis », ajoute Jocelyne.

Au fil des ans, elle a acquis de l’assurance et a commencé à prendre part aux discussions majoritairement alimentées par des hommes. « Tranquillement, j’ai fait ma place dans ce monde si masculin. J’ai pris confiance en moi », dit-elle fièrement. « J’étais partout à la fois : à la ferme, à la maison, avec les enfants et aux activités de l’école. J’avais ma routine et je m’y plaisais bien. »

En 2008, elle est finalement devenue actionnaire avec son conjoint, une grande réussite pour elle. Cependant, elle ajoute que, contrairement à son mari, elle ne considérait pas l’agriculture comme une passion. C’était plutôt « un travail que j’aimais et que j’aime encore ».

Avec du recul et un corps courbaturé l’obligeant à ralentir, elle réalise qu’elle a mis ses rêves de côté. « Quand on a une ferme, on reporte souvent les projets de rénovation de la maison et les voyages, car on a des dépenses à faire pour l’entreprise », souligne-t-elle. Une fois les enfants devenus grands, « qu’est-ce qui me retient de partir? » se demande-t-elle. Bien sûr, il y a « l’amour que j’éprouve pour mon mari et la fierté de ce que nous avons bâti ».

Mais plus encore, il lui reste de belles et magnifiques années pour se trouver un rêve bien à elle et le réaliser, hors de la ferme si elle le souhaite ou en lien avec l’agriculture. Elle aura, à présent, l’occasion de se créer une deuxième vie en partageant, par exemple, ses connaissances agricoles avec les prochaines générations ou même en racontant son histoire aux futures femmes de producteurs. Jocelyne aura désormais du temps pour penser à elle et à son couple, pour songer à son avenir, se mettre en priorité et regarder l’agriculture d’un autre œil.

Se permettre de faire une remise en question sur sa vie est un beau cadeau à s’offrir. Il ne faut pas croire que Jocelyne ait tout sacrifié pour celui qu’elle aime, mais plutôt voir tout ce qu’elle a appris par l’entremise du rêve de son mari. Il leur reste maintenant à savourer leur vie et à prendre du bon temps ensemble. Je sais que Jocelyne trouvera un rêve bien à elle, car c’est une femme de tête et d’action, dévouée aux autres. Elle a voulu partager son histoire pour en aider d’autres.