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Quand l’érablière devient l’oasis familiale

Lorsque Madeleine et Robert ont décidé de fonder une famille, ils ne se doutaient pas des défis que la vie mettrait sur leur route. Ils ont malgré tout choisi de rester unis et forts. La cabane à sucre de ces acériculteurs est vite devenue au fil du temps un havre de paix, un endroit rassembleur. C’est le témoignage qu’ils veulent apporter aujourd’hui, « pour donner espoir et en aider d’autres ».

Depuis son tout jeune âge, Robert caressait le rêve d’avoir une érablière. Madeleine, fille d’un producteur laitier et acéricole, ressentait aussi cette envie. En 1987, ils ont pu réaliser leur souhait. Étant parents de trois enfants, dont deux qui nécessitaient des besoins particuliers, ils ont pris la décision de s’acheter une terre et de bâtir leur érablière « pour effectuer des activités en famille », précise Madeleine. Ils en ont passé des hivers à faire de la raquette, du quatre-roues et à bûcher le bois ensemble. « Mon plus vieux marchait difficilement, mais lorsqu’il était adolescent, il pouvait conduire le VTT et le tracteur. Les trois enfants participaient aux tâches à la cabane. C’était de beaux moments », ajoute la productrice. La première année, seulement 10 érables étaient entaillés, mais maintenant, il y en a 300.

Au fil des ans, la condition des garçons s’est détériorée. « À l’âge de 16 ans, mon plus jeune a eu une forte fièvre suivie d’un coma. Après, il a dû tout réapprendre. Il se déplaçait en fauteuil et son langage était affecté. » Malgré tout, Madeleine et Robert sont demeurés positifs dans cette épreuve et ont fait le choix d’y aller un jour à la fois. « On avançait lentement et on lui demandait d’en faire un peu plus pour qu’il fasse toujours son maximum », se souvient-elle. Chaque année, les sucres revenaient et chacun des enfants aidait selon ses capacités. Évidemment, l’aînée, leur seule fille, est très vite devenue mature. « Lorsqu’on vit dans une famille où il y a des personnes handicapées, chacun doit s’adapter et donner du sien », ajoute Madeleine.

Pour les parents, bouger et profiter du plein air était une valeur qu’ils souhaitaient transmettre à leur progéniture. Le temps des sucres faisait le bonheur de tous. « Dehors, on était bien. Chacun faisait ce qu’il aimait et on se sucrait le bec », raconte la productrice en souriant.

Maintenant que Robert et Madeleine sont tous les deux retraités, l’érablière reste pour eux une fierté et un endroit plaisant. Les enfants ont grandi. Le plus vieux requiert encore beaucoup d’attention, mais il s’occupe en pratiquant le hockey luge. « Un bénévole vient le chercher. Ça lui permet de socialiser et nous, ça nous donne un petit répit », précise Madeleine. Le plus jeune est décédé. « Il habitait en maison de soins de longue durée. Jusqu’à la toute fin, il est venu à l’érablière. Il voulait un repas de cabane comme les autres », se souvient-elle.

Certains couples n’auraient pas survécu, mais le leur s’est solidifié au fil des défis. Ils sont beaux à voir. « Heureusement, on n’avait pas nos downs en même temps. Ça nous permettait de nous appuyer l’un sur l’autre. On a toujours avancé ensemble dans la même direction », ajoute la jeune retraitée. Encore à ce jour, aller « à la cabane » est un moment privilégié où les conjoints peuvent se ressourcer, relaxer, respirer et se retrouver.