Faut-il décourager nos enfants de suivre nos traces?

« Nous avons de la relève. Faut-il lui donner un cadeau empoisonné? » Ce type de questionnement parental refait particulièrement surface lorsqu’une production traverse une période de turbulences. Certains parents, très préoccupés par tous les défis que pose la pratique de l’agriculture, se demandent s’ils ne devraient pas décourager leurs enfants de suivre leurs traces.

Se questionner est un processus normal et sain. C’est normal d’être inquiet pour nos enfants, même si on a confiance en leurs capacités. Comme parents, on veut ce qu’il y a de mieux pour eux.

Réalité vs peurs

coeur_ouvertCependant, il y a une différence entre vouloir qu’ils fassent un choix éclairé, en évaluant les risques, et reporter sur eux nos peurs et nos angoisses, en visant un risque zéro.

Dans le premier cas, on ne veut pas qu’ils foncent tête baissée dans l’entreprise. On leur présente la réalité, sans la noircir, mais en s’assurant qu’ils soient au courant des défis. En fonction de la force des vents, on veut mettre en place les meilleures conditions pour leur envol.

Dans le second cas, on les surprotège, on prend la décision pour eux par peur de ce qu’ils auraient à affronter. On les empêche ainsi de prendre leur envol. Habituellement, ces parents ne voient plus que les contraintes et les difficultés liées à la pratique de l’agriculture, les bons côtés ayant disparu de leur radar.

Solution de compromis

D’autres parents optent pour une solution de compromis. Ils laissent les enfants choisir, mais ils leur demandent une « police d’assurance » en cas de difficultés. Avant ou en attendant de reprendre la ferme, la relève potentielle est incitée à obtenir un diplôme dans un domaine autre que la gestion d’entreprise agricole.

Bien sûr, vos enfants risquent de traverser certaines périodes difficiles; cela fait partie des apprentissages de la vie. Néanmoins, il ne faut pas les sous-estimer. Ils peuvent être plus forts que vous ne le pensez. Ils peuvent même vous étonner et vous rassurer si vous prenez la peine de discuter ouvertement avec eux de leur avenir. Leur vision pourrait être moins noire ou grise que la vôtre, sans être rose pour autant.

Avec l’âge, il est naturel de vouloir prendre moins de risques. Ce qui était perçu autrefois comme un défi stimulant représente aujourd’hui un danger. Rappelez-vous lorsque vous étiez jeune. Si vos parents vous avaient déconseillé de devenir producteur ou productrice agricole, les auriez-vous écoutés?

Si vous avez des enfants passionnés par l’agriculture, ils auront plus de chances de fournir les efforts qui s’imposent que s’ils font un travail qu’ils n’aiment pas. Si, en plus, ils sont bien outillés, formés, informés, motivés, épaulés, c’est un bon gage pour le futur.

Par ailleurs, même si certains parents font encan pour éloigner leurs enfants de la ferme, même s’ils statuent que ceux-ci ne feront pas comme eux, qu’ils ne feront pas un métier « pour se faire exploiter » ou pour « se ruiner la santé », la passion de l’agriculture peut demeurer bien vivante chez ces derniers. Des enfants qui ont conservé un lien vital avec l’agriculture malgré l’avis de leurs parents, nous en connaissons. Tout en ayant un travail à l’extérieur, certains font par exemple des cultures l’été. D’autres ont attendu jusqu’à leur retraite pour enfin choisir l’option qui leur avait été refusée lorsqu’ils étaient jeunes. En achetant une fermette, ils réalisent enfin leur rêve de jeunesse. Comme on dit : on peut sortir une personne de l’agriculture, mais on ne peut pas sortir l’agriculture de cette personne.