Une filière qui veut prendre sa place

Le Conseil québécois des plantes fourragères (CQPF) entend se donner les moyens pour donner à la filière la visibilité qu’elle mérite dans le monde agricole québécois. Si l’équipe du CQPF affiche une détermination manifeste, les défis qui se présentent  à elle se révèlent nombreux. Survol.

« Les plantes fourragères, c’est la moitié des hectares du Québec. Ça, les gens ne semblent pas toujours s’en rendre compte », lance Vincent Audet, président du CQPF. Pourtant, malgré la place centrale qu’occupe la filière dans la production animale et son appartenance à la famille des grandes cultures du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, « quand les gens pensent grandes cultures, ils pensent maïs, soya et céréales, pas aux plantes fourragères », observe le président du CQPF.

Cette marginalisation relative de la production fourragère dans l’ensemble agricole québécois porte sa part d’inconvénients, soutient Vincent Audet. « Malgré le fait qu’on couvre la moitié des hectares du Québec, on n’a pas le même poids que les autres grandes cultures [auprès des décideurs]. On veut que les gens nous fassent un peu plus de place que celle qu’on a depuis quelques années », dit-il. Il n’y a manifestement pas que dans les officines gouvernementales que la production fourragère semble passer inaperçu. Sur le terrain aussi. Chez les producteurs d’animaux, le foin représente un moyen, pas une fin. « Le producteur de bœufs, ce qu’il vend, c’est de la viande, pas du foin », illustre M. Audet, qui relève que le foin demeure essentiel à la santé des ruminants.

La production de fourrage se trouverait, pour ainsi dire, noyée dans un ensemble plus grand, analyse Cynthia Chicoine, agente de concertation et de communication au CQPF. « En production animale, un producteur fait partie d’une fédération selon sa spécialité. On n’a pas ça en plantes fourragères. On est transversaux à toutes ces productions. Ça explique en partie pourquoi on est marginalisés, à mon avis. »

Cet anonymat relatif et bien involontaire présente l’inconvénient de placer la filière dans l’angle mort des décideurs, de l’éloigner de leurs priorités, croit Vincent Audet. « La chose qui explique notre marginalisation, c’est qu’il n’y a pas un montant, en dollars, mis à côté d’un hectare de prairie. On l’a dans le maïs, le soya et les céréales, mais pas pour les plantes fourragères pérennes, dit-il. Dans le maïs, le soya, c’est facile. Dans le lait, une vache produit telle quantité de lait, c’est facile. Mais un hectare en fourrages, c’est plus compliqué. »

Prendre le taureau par les cornes

L’équipe du Conseil entend démontrer le rôle central de la production des plantes fourragères pérennes pour l’agriculture au Québec, la valeur ajoutée qu’elle génère dans l’ensemble de la chaîne de production. Il suffit déjà de voir une vache, un bœuf ou un mouton pour comprendre qu’il y a du foin derrière, et que du foin de qualité, nutritif et adapté aux besoins spécifiques des animaux, d’abord, ça ne pousse pas tout seul et, ensuite, que bien faire les choses peut être payant pour les producteurs. « La vision, en haut de tout ça, c’est de montrer, par exemple, combien de lait de plus par hectare on peut générer en produisant du foin de qualité », illustre Vincent Audet. « On veut prouver la rentabilité des bonnes pratiques pour que ça devienne un choix d’affaires intéressant pour les producteurs. »

L’idée consiste aussi à démontrer aux producteurs et à l’ensemble de la société que des prairies bien cultivées profitent à toute la population, et que ça aussi, ça peut être payant, de multiples façons. « Captation de carbone, amélioration de la qualité de l’eau, des sols, augmentation de la biodiversité, etc., tout ça va ensemble », soutient le président du CQPF. « On veut s’assurer que la contribution agroenvironnementale de la production de plantes fourragères pérennes est reconnue, et puis, éventuellement, que cette contribution sera rémunérée. »

Un des objectifs que poursuit le CQPF consiste à mesurer l’effet du fourrage sur le rendement des productions animales. Photo : Kim Baril

Pour que ces efforts de reconnaissance prennent toute leur ampleur, il faudra convaincre les producteurs agricoles eux-mêmes du potentiel financier des prairies qu’ils possèdent, autant pour la productivité de leur élevage que pour éventuellement générer des revenus avec la captation de carbone. Dans ce cas, rien ne vaut un exemple concret. Valérie Poulin, de la Ferme Valbois, à Coaticook, se spécialise dans le foin de commerce depuis une dizaine d’années, en compagnie de son conjoint. Depuis le début de sa spécialisation, à force d’essais et d’erreurs, la productrice estime avoir doublé son rendement de fourrage à l’hectare. Valérie Poulin admet qu’il s’agit d’un travail considérable, mais que l’effort en vaut résolument la peine.

« Une fois que votre sol est bien préparé et que vous faites une bonne implantation, votre prairie va peut-être vous durer sept à huit ans, au lieu de deux à trois ans. En adoptant de bonnes pratiques au départ, on vient augmenter notre rendement à long terme, puis on vient aussi améliorer notre capture d’azote », dit-elle.

Experts recherchés 

La reconnaissance limitée de la culture des plantes fourragères dans l’ensemble agricole québécois génère par ailleurs un certain nombre d’effets indésirables. Si la province compte quelques experts pour partager les connaissances sur les bonnes pratiques au champ, leur nombre demeure limité. « Certaines Université n’ont pas d’enseignant-chercheur spécifique aux plantes fourragères, souligne Serge Pageau, agent de développement au CQPF. On en trouve pourtant dans à peu près tous les autres secteurs, comme le lait, par exemple. Pouvez-vous imaginer une Université qui n’ait pas d’enseignants dans le secteur laitier? Ce serait inimaginable! » relève M. Pageau. 

La recherche fondamentale et expérimentale sur les plantes fourragères souffre également d’un manque de considération, déplore Serge Pageau. La décision d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) de mettre la clé sous la porte de trois centres de recherche, dont celui de Québec, et de quatre fermes de recherche pourrait nuire aux efforts pour améliorer la production des plantes fourragères pérennes. Pour Vincent Audet, le risque avec la fermeture du centre de recherche de Québec, c’est de perdre des connaissances acquises depuis des années grâce à la culture de parcelles de champs, par les experts d’AAC. « Si les chercheurs et l’équipe ne sont plus là pour s’en occuper, on risque de perdre cette science-là. Ces parcelles vont être perdues à jamais. On sacrifie des décennies de recherche, et on n’a pas de plan pour le remplacer. Ça, c’est encore plus grave que les coupes budgétaires », affirme M. Audet, qui demande de suspendre cette décision. « Ce qu’on aimerait, c’est qu’il y ait une pause du côté du fédéral, le temps qu’on se donne une stratégie pour conserver l’expertise. On arrête le processus de fermeture, et on s’assoit avec des gens qui peuvent nous aider à trouver des solutions pour sauver les connaissances. Ça n’a pas de prix, ça! » 

Experts recherchés

La reconnaissance limitée de la culture des plantes fourragères dans l’ensemble agricole québécois génère par ailleurs un certain nombre d’effets indésirables. Si la province compte quelques experts pour partager les connaissances sur les bonnes pratiques au champ, leur nombre demeure limité. « Certaines universités n’ont pas d’enseignant-chercheur spécifique aux plantes fourragères, souligne Serge Pageau, agent de développement au CQPF. On en trouve pourtant dans à peu près tous les autres secteurs, comme le lait, par exemple. Pouvez-vous imaginer une université qui n’ait pas d’enseignants dans le secteur laitier? Ce serait inimaginable! » relève M. Pageau.

La recherche fondamentale et expérimentale sur les plantes fourragères souffre également d’un manque de considération, déplore Serge Pageau. La décision d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) de mettre la clé sous la porte de trois centres de recherche, dont celui de Québec, et de quatre fermes de recherche pourrait nuire aux efforts pour améliorer la production des plantes fourragères pérennes. Pour Vincent Audet, le risque avec la fermeture du centre de recherche de Québec, c’est de perdre des connaissances acquises depuis des années grâce à la culture de parcelles de champs, par les experts d’AAC. « Si les chercheurs et l’équipe ne sont plus là pour s’en occuper, on risque de perdre cette science-là. Ces parcelles vont être perdues à jamais. On sacrifie des décennies de recherche, et on n’a pas de plan pour le remplacer. Ça, c’est encore plus grave que les coupes budgétaires », affirme M. Audet, qui demande de suspendre cette décision. « Ce qu’on aimerait, c’est qu’il y ait une pause du côté du fédéral, le temps qu’on se donne une stratégie pour conserver l’expertise. On arrête le processus de fermeture, et on s’assoit avec des gens qui peuvent nous aider à trouver des solutions pour sauver les connaissances. Ça n’a pas de prix, ça! »