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Une réussite basée sur l’écoute de la clientèle!
Pour l'été, l’équipe de La Terre de chez nous vous propose une série de reportages portant sur des entreprises proposant une offre agrotouristique distinctive et réparties sur tout le territoire. Bonne lecture !
Une dernière fois, Sylvie Saint-Arneault et Daniel Gagnon saluent le groupe de visiteurs qu’ils viennent de recevoir à dîner sur leur ferme de Saint-Prosper en Mauricie. Adios! lancent-ils à tour de rôle. Le groupe était composé de 45 Espagnols en visite au Québec. « Au cours de la semaine, nous avons reçu plusieurs groupes de touristes italiens », explique Mme Saint-Arneault.
C’est sans compter les groupes de Français, d’Allemands et les visiteurs d’autres pays européens ou asiatiques qui font une halte à la ferme pour voir le troupeau de 180 bêtes et prendre un repas des produits du bison. « Lorsqu’il s’agit de visiteurs qui ne s’expriment pas en français, on les accueille avec quelques mots dans leur langue, ce qui est toujours apprécié. »
Le couple Saint-Arneault-Gagnon s’y connaît bien dans l’accueil des touristes puisqu’il en a fait une spécialité il y a déjà 16 ans. La ferme d’élevage La Bisonnière est aujourd’hui l’une des principales entreprises agrotouristiques en Mauricie et accueille chaque année environ 5000 visiteurs dont 80 % de touristes étrangers. Pour couronner leurs efforts, les éleveurs ont décroché cette année la médaille d’argent des Grands Prix du tourisme du Québec dans la catégorie Agrotourisme et produits régionaux.
Pourtant lorsqu’il s’est établi en agriculture au début des années 90, le couple ne se destinait pas à cette activité. L’élevage du bison était nouveau et représentait un défi passionnant, mais le marché ne permettait pas de rentabiliser l’élevage. Mme Saint-Arneault se souvient : « C’est une représentante d’un grossiste en voyages qui nous a donné l’idée d’exploiter le côté exotique de notre élevage en recevant des touristes en leur offrant un repas à base de produits du bison. » L’idée était lancée.
Des débuts intenses
Profitant d’un congé de maternité de son emploi d’infirmière, Mme Saint-Arneault et son conjoint ont jeté les bases du volet agrotouristique de leur entreprise. « Pour nous, c’était aussi une façon de rentabiliser notre élevage, précise M. Gagnon. Il ne faut pas perdre de vue que nous ne profitons pas de l’assurance stabilisation donc pas de revenu garanti. »
Il leur a donc fallu mettre les bouchées doubles pour obtenir des permis difficiles à décrocher à cause de contradictions entre certains règlements municipaux et ministériels, pour aménager une salle à manger dans la grange avec cuisine et plus tard une boucherie, et bien sûr pour approcher les grossistes en voyage. « Nous sommes des éleveurs, pour faire des affaires, il a fallu développer un sens de la négociation », raconte Mme Saint-Arneault.
Il leur a aussi fallu approfondir leurs connaissances dans différents domaines. « J’avais des cours en gestion et accueil de la clientèle deux ou trois soirs par semaine et Daniel suivait de la formation du ministère de l’Agriculture (MAPAQ) et de l’Union des producteurs agricoles (UPA) deux autres soirs », raconte la femme d’affaires. Et tout cela en même temps qu’ils élevaient leurs quatre enfants.
Les affaires ont ainsi progressé au fil des années malgré quelques épisodes de difficiles résultats de la conjoncture internationale. Mme Saint-Arneault voit là toute la fragilité de ce secteur d’activité. « Comme toute l’industrie touristique, nous sommes tributaires des événements dans le monde. Au début de la saison, par exemple, l’irruption du volcan en Islande nous a privés de quelques groupes. »
L’épisode le plus noir a été l’incendie de la salle à manger en février 2006. Il a fallu un an à la famille pour se remettre de cette tragédie. Elle a bénéficié de l’aide de la communauté locale qui a participé à deux corvées pour reconstruire une grange et aménager en salle à manger une cabane à sucre du début du 20e siècle que les éleveurs avaient récupérée dans le but de la transformer en centre d’interprétation du bison.
Encore des projets
Quatre ans plus tard, la page est tournée sur cette tragédie. « On s’en est remis mais la cicatrice est toujours là et elle nous rappelle les moments difficiles qu’on a traversés », explique M. Gagnon avec philosophie. Une fois relevé, le couple a travaillé à bonifier son produit. L’une des façons d’y parvenir est d’exploiter le volet « western » très à la mode et apprécié des visiteurs. « Il faut constamment être à l’écoute des attentes et des désirs de la clientèle », indique Mme Saint-Arneault. « Tout en restant authentique », ajoute son conjoint. Ainsi, l’an dernier, des journées thématiques avec rodéo et démonstrations d’adresse de cow-boy ont été organisées, notamment pour un groupe d’une centaine de personnes provenant du milieu de la finance italienne. Les visiteurs étaient invités à expérimenter le lasso : succès garanti! « C’est un volet sur lequel on misera beaucoup dans l’avenir », avoue Mme Saint-Arneault, qui vient d’ailleurs d’inaugurer une petite boutique de produits « western » sur la ferme.
Une grande source d’encouragement pour le couple est l’implication dans l’entreprise de ses enfants Jean-Christophe, Justine, Jérôme et Charles en formation à Saint-Hyacinthe et présentement en stage sur une ferme… d’élevage de bisons en Saskatchewan. La Bisonnière pourrait bientôt devenir l’une des toutes premières fermes de grands gibiers du Québec gérée par une deuxième génération d’éleveurs… et de gens d’affaires.



