André D. Beaudoin, président de l’UPA Développement international.
Tel que publié dans La Terre de chez nous

Le phénomène d’accaparement des terres s’accentue

Le phénomène d’achat de vastes lopins de terre par des pays étrangers ou des entreprises n’est pas nouveau ni propre au Québec, mais cela pose d’importantes questions sur l’avenir de l’agriculture.

22 mars 2010
par Thierry Larivière - Vie Rurale

« On est en train de tuer complètement l’agriculture familiale sur la planète et ça se fait la vitesse grand V », a lancé André D. Beaudoin, président de l’UPA Développement international, lors d’une conférence organisée par l’Ordre des agronomes à Beloeil le 10 mars.

L’« accaparement » s’est accentué dans la foulée de la crise alimentaire de 2008, alors que la Chine et des pays du Moyen-Orient ont voulu sécuriser leurs approvisionnements. La Terre avait déjà fait état de tels achats dans plusieurs pays d’Afrique. Une firme d’investissements de Boston avait également procédé à certaines acquisitions dans l’Ouest canadien. Les clients de Monaxxion seraient toutefois parmi les premiers joueurs à se tourner vers le Québec.

« La crise en Europe repose sur des stratégies pour déstabiliser les producteurs », a expliqué le président de l’UPA Développement international. De nouvelles fermes parties de rien, par exemple en Ukraine, viennent concurrencer férocement les agriculteurs d’Europe. M. Beaudoin observe la même stratégie en Afrique ou des blocs de terres d’envergure, parfois 50 000 hectares, sont cédés à de gros investisseurs qui peuvent se lancer dans les cultures d’exportation avec une main-d’oeuvre peu dispendieuse. C’est d’ailleurs d’Afrique que vient l’expression « accaparement » des terres.

Il est important de se souvenir que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) prévoit un accès privilégié aux marchés pour les pays en développement et ces nouvelles fermes industrielles d’Afrique ou d’ailleurs pourront donc exporter plus facilement que des pays développés comme le nôtre.

« On veut une facilité d’approvisionnement et un contrôle absolu sur l’ensemble de la chaîne », estime M. Beaudoin en parlant des gros acheteurs de terres. Pour M. Beaudoin, l’accaparement des terres représente donc à peu près le contraire de la souveraineté alimentaire.

« Je pense que nos gouvernements ne sont pas très intéressés à ce que l’agriculture se développe », conclut M. Beaudoin, qui estime que le discours des gouvernements penche souvent du côté de la ferme familiale, mais que les décisions, comme l’actuel resserrement de l’assurance stabilisation (ASRA) au Québec, ne sont pas cohérentes avec le discours. « Ce qu’on veut, c’est fournir de la bouffe pas chère au plus grand nombre », analyse le spécialiste du développement agricole.

Boom financier agricole

Il est intéressant de constater que BMO Marchés des capitaux prévoit que le prochain boom financier sera agricole. Le conseiller Don Coxe a émis cette prédiction récemment en disant que les pays émergents, comme la Chine et l’Inde, consomment davantage de viande. Ils ont donc besoin de plus de terres pour alimenter le bétail.

Certains investisseurs verront certainement dans cette prédiction une occasion de spéculer sur le prix des terres sans nécessairement avoir de réels besoins d’approvisionnement. On voit mal d’ailleurs comment l’achat de terres un peu partout au Canada permettrait de produire une masse d’aliments conséquente tout en relevant le défi logistique d’exportation en Chine de façon avantageuse par rapport au marché actuel.

Si toutefois le phénomène de contrôle des terres par des pays étrangers s’accentue, cela pourrait très certainement changer la donne du commerce international puisque cela ressemblerait davantage au système des anciennes colonies qu’à un marché ouvert.