Jean Girard, agronome et expert en production de la gourgane. Crédit : Guillaume Roy

Jean Girard, agronome et expert en production de la gourgane. Crédit : Guillaume Roy

La gourgane pour nourrir les vaches… et les sols

Des producteurs laitiers misent désormais sur la culture de la gourgane ou de sa cousine, la féverole, pour fournir de l’azote au sol et nourrir leurs vaches. Mais plusieurs défis persistent pour obtenir des rendements stables.

Saviez-vous que la production mondiale de féveroles s’élève à 5 200 kilotonnes annuellement, dont une bonne partie est destinée à l’alimentation animale? En Alberta, la culture de féveroles est d’ailleurs passée de 2 425 à 65 000 hectares en quatre ans. Pourquoi ne pas en faire autant au Québec?

En fait, la féverole et la gourgane, principalement connues au Saguenay–Lac-Saint-Jean et dans Charlevoix, sont deux cousines de la même espèce comme le démontre leur nom latin, Vicia faba minor (féverole) et Vicia faba major (gourgane). La taille des graines est la seule manière de distinguer les deux variétés, la féverole pesant de 200 à 800 g et la gourgane de 800 à 1 600 g.

La gourgane est une plante à floraison indéterminée, particulièrement bien adaptée au climat des régions nordiques. Tout au long de la saison, des fleurs blanches ou colorées, selon la variété, émergent. Crédit : Guillaume Roy

La gourgane est une plante à floraison indéterminée, particulièrement bien adaptée au climat des régions nordiques. Tout au long de la saison, des fleurs blanches ou colorées, selon la variété, émergent. Crédit : Guillaume Roy

Riche en protéines, cette dernière a donc le potentiel de remplacer, en partie, le tourteau de soya et le maïs dans l’alimentation des vaches laitières, estime Jean Girard, agronome et expert en production de la gourgane. « C’est une excellente culture à intégrer tous les quatre ans dans une rotation », dit-il. Comme presque toutes les légumineuses, la gourgane fixe l’azote atmosphérique dans le sol grâce à une bactérie qui forme de petits nodules blancs sur les racines et qui ressemblent à des grains ronds d’engrais chimiques. « C’est le meilleur engrais disponible pour le sol. La gourgane peut laisser jusqu’à 50 kg d’azote par hectare dans le sol », ajoute M. Girard.

Les producteurs laitiers estiment que cette nouvelle source d’alimentation compte plusieurs avantages. Cultivée localement, la gourgane coûte moins cher que le soya. De plus, elle contient plus de protéines que le maïs et une étude réalisée par Agrinova auprès de cinq fermes du Saguenay–Lac-Saint-Jean a démontré que les vaches qui en consomment donnent autant sinon plus de lait.

D’autres études menées par Agrinova tendent à prouver que les tanins présents dans la légumineuse réduiraient la production de méthane lors de la rumination, ce qui diminue ainsi la quantité de gaz à effet de serre émise par les vaches. Le méthane, évacué à 95 % par la bouche des bovins, est un gaz qui possède un pouvoir de réchauffement 23 fois plus puissant que le CO2. Une seule vache produit annuellement l’équivalent en CO2 d’une voiture qui parcourt 20 000 km en une année.

Certains producteurs comme Gervais Girard d’Hébertville ont réalisé que la gourgane était la culture par excellence durant l’été 2016 avec un rendement qui a atteint 5 t/ha. « C’était notre première année pour faire de la semence de gourgane. Si c’est possible, on augmenterait les superficies l’an prochain », a mentionné le producteur qui cultive 485 hectares. Mais pendant ce temps, d’autres, qui croyaient en son potentiel, ont déchanté. C’est le cas de Nicolas Lavoie, de la Ferme Lavoie à Saguenay, qui aimait bien nourrir ses vaches avec une source de protéines cultivée sur ses terres. « Pour avoir de bons rendements, je devrais utiliser le gros kit chimique avec des fongicides, mais ça ne me tente pas, car je suis en train d’entreprendre un virage vers le bio, dit-il. Il y a sûrement des solutions pour le bio, mais je n’ai pas envie de me lancer là-dedans pour l’instant. »

Bien que le potentiel de la gourgane ait semblé vouloir exploser lors des premiers essais, les défis inhérents à sa culture compliquent son développement à grande échelle. « La gourgane est sensible et a besoin d’un à deux traitements de fongicides pour assurer une bonne récolte », note Jean Girard. La grêle, les maladies et la chaleur peuvent aussi affecter les récoltes, car les fleurs avortent lorsqu’il fait trop chaud pendant plusieurs jours consécutifs. La gourgane est également difficile à semer avec des semoirs, c’est pourquoi certains producteurs lui préfèrent la féverole, notamment dans les régions plus chaudes comme en Beauce et au Bas-Saint-Laurent, où quelques agriculteurs font des tests sur de petites parcelles.

Économies importantes

L’intérêt principal des producteurs laitiers est de produire eux-mêmes des sources de protéines pour leur troupeau. Par exemple, certaines fermes ont réussi à cultiver de la gourgane à un coût de revient de 180 $/t, ce qui est beaucoup moins cher que de la moulée protéinée à près de 500 $/t. Selon Jean Girard, le coût moyen serait toutefois de 280 $/t en incluant tous les frais.

Reste à voir si la recherche permettra de faciliter la culture et de favoriser l’essor de cette légumineuse nordique.

Guillaume Roy, collaboration spéciale.