Crédit photo: La Coop fédérée

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Mégadonnées : des avantages plus grands que les risques

En raison des technologies qui génèrent de plus en plus de données, le monde agricole est en train de vivre une révolution numérique. Pour réaliser un maximum de gains en efficacité, les producteurs devront partager leurs données avec des spécialistes, malgré leurs préoccupations quant à la propriété et à la confidentialité des données. Et les bénéfices seront énormes, assurent les experts.

« Le partage des données, c’est un peu comme se créer un profil sur Facebook, illustre Pascal Labranche, coordonnateur en agroéconomie et en innovation numérique à La Coop fédérée. Ça peut devenir toxique de partager ses données personnelles avec tout le monde, mais c’est bénéfique pour la plupart des gens quand c’est bien fait. »

La quantité de données à gérer et à analyser est si grande qu’il sera impossible pour les producteurs de les traiter eux-mêmes, ajoute l’expert. « Il faut des spécialistes de données pour analyser autant d’information », souligne-t-il.

D’autant plus que pour bien comprendre ce que signifient les données, il faut les comparer à celles des autres producteurs. Et même lorsque de telles mégadonnées sont disponibles, les résultats ne sont pas noirs ou blancs. Par exemple, La Coop fédérée a analysé 200 indicateurs de suivi sur 90 000 mois de données… sans pouvoir tirer une conclusion claire. « Les données offrent énormément de potentiel, mais ça ne se concrétise pas en claquant des doigts », note Pascal Labranche.

Alors que les producteurs génèrent de plus en plus de données, les entreprises s’adaptent aussi au changement, en redéfinissant leurs relations avec le client, soutient Sébastien Léveillé, vice-président agricole à La Coop fédérée. « Nous travaillons sur des outils qui aideront les agriculteurs à prendre de meilleures décisions avec les données qu’ils génèrent », dit-il. Le but : générer plus de valeur.

Par exemple, plusieurs producteurs avicoles ont déjà implanté des technologies qui génèrent la courbe de croissance des oiseaux en temps réel. Dès qu’un oiseau sort du lot, l’agriculteur peut intervenir plus rapidement.

Avec l’augmentation des données générées par les tracteurs et les machines dans les champs, les producteurs de grains peuvent aussi profiter de ce type de données, estime Noah Freeman, directeur des technologies sur l’agriculture de précision d’AgReliant Genetics.

« Notre but est de proposer le meilleur hybride de maïs au meilleur endroit pour vendre plus de semences, admet-il. Nous devons avoir des données pour savoir quelles plantes poussent le mieux chaque année. C’est une situation gagnant-gagnant. »

À qui appartiennent les données?

N’empêche que certains producteurs s’inquiètent de l’utilisation des données. À qui appartiennent-elles? Sont-elles conservées de manière confidentielle?

Ces questions sont très pertinentes et les agriculteurs doivent s’en soucier, soutient Noah Freeman. « Avant de transmettre vos données, demandez aux entreprises ce qu’elles en font. Vous devez savoir si vous pouvez supprimer vos données et ce qui se passera si vous décidez de mettre un terme à votre association », indique l’expert. AgReliant Genetics certifie que le producteur est le propriétaire des données. Ces dernières demeurent confidentielles et l’entreprise s’engage à ne pas les vendre à des tiers. « Nous utilisons les données regroupées et il est impossible d’identifier des agriculteurs individuellement », note M. Freeman.

Même son de cloche du côté de La Coop fédérée, qui utilise seulement des données agrégées. Seul le propriétaire de l’exploitation peut connaître les données sur ses terres. « On veut aider les producteurs à analyser les informations générées à la ferme et on ne fera rien sans leur consentement », note M. Léveillé, qui croit que les mégadonnées permettront de créer davantage de valeur tout en faisant économiser sur les intrants.

Par exemple, les technologies donneront prochainement la possibilité d’utiliser les bonnes doses de fertilisants ou de pesticides seulement aux endroits où c’est nécessaire, selon les conditions du sol. « Les gains environnementaux et économiques seront énormes », ajoute Sébastien Léveillé.

Grâce aux informations recueillies par imagerie satellite, les données prises dans les champs et chez les transformateurs, les consommateurs auront accès à encore plus de renseignements sur leurs produits, ce qui les rapprochera des agriculteurs. « Nous avons de très belles histoires à raconter. Maintenant, nous pouvons prouver avec des données réelles tout ce que nous avançons », ajoute le vice-président.

Dans le cas d’Olymel, qui appartient en partie à La Coop fédérée, les clients peuvent déjà savoir comment les animaux ont été nourris, d’où provient la moulée et les grains, et plus encore. En bref, c’est toute une chaîne de valeur qui est créée à l’aide des données.

Avant d’analyser ces dernières, il faut bien sûr commencer par investir dans les équipements qui les génèrent, aussi bien dans les champs que dans les bâtiments, note Pascal Labranche. « La croissance du secteur sera exponentielle au cours des prochaines années et les gains seront très importants d’un point de vue financier, dit-il. Nous sommes en 2017 et les producteurs doivent envisager d’investir le plus rapidement possible dans les outils connectés, car la compétition mondiale s’y intéresse également. » Les bénéfices des mégadonnées sont beaucoup plus grands que tous les risques qui y sont associés, conclut l’agroéconomiste de formation.