En août 2015, Jocelyn Michon a semé un mélange multiespèces après la récolte de haricots de conserverie. Crédit photo: Ferme Jocelyn Michon

En août 2015, Jocelyn Michon a semé un mélange multiespèces après la récolte de haricots de conserverie. Crédit photo: Ferme Jocelyn Michon

Comment redonner vie à une terre défraîchie

En moins de cinq ans, Jocelyn Michon a transformé une des moins bonnes terres de son entourage en superficie agricole enviable. Sa recette : régénérer le sol en misant sur le drainage, le semis direct, les cultures de couverture et les vers de terre.

Avant que Jocelyn Michon ne commence à louer la terre de son voisin en 2010, aucune amélioration n’avait été faite depuis 35 ans. « C’était loué à l’année. Il y avait donc moins d’intérêt pour faire des améliorations », dit-il.

Pour changer la donne, le propriétaire de la terre, qui était témoin du travail effectué en semis direct par Jocelyn Michon, demande à ce dernier s’il désire reprendre la location de sa terre. Il accepte, mais pose d’abord ses conditions. « Je voulais avoir une entente minimale de 10 ans afin d’amortir les coûts liés à l’amélioration de la terre », explique M. Michon. Son plan : transformer le sol de la terre pour le rendre plus productif.

Dès la signature de l’entente, M. Michon se met au travail pour mieux drainer le sol. « Si les sols sont gorgés d’eau chaque printemps, ça veut dire qu’ils n’ont pas une bonne structure. Plus on passe avec de gros équipements, plus le sol se compacte, plus l’eau ruisselle, en amenant les sédiments au cours d’eau, au lieu de pénétrer dans le sol », dit-il.

Champ de soya semé en rangs jumelés. Crédit photo: Ferme Jocelyn Michon

Champ de soya semé en rangs jumelés. Crédit photo: Ferme Jocelyn Michon

Avec l’aide de son agronome, il fait alors un plan de drainage comprenant 13 zones de nivellement. Il entame des travaux de décompaction des sols, nettoie les fossés au laser et implante des cultures de couverture. Rapidement, les vers de terre sont de retour, et, en creusant des galeries dans le sol, ils permettent à l’eau de mieux pénétrer dans le sol, explique M. Michon.

À sa première année de récolte (l’an 0), il obtient 4,1 t/ha de soya et l’année suivante, 4,35 t/ha. À l’an 2, il sème du maïs et, malgré un gel hâtif, il obtient 11,4 t/ha, puis 4,56 t/ha de soya à l’an 3. «  La récolte a été difficile cette année avec la sécheresse. Le rendement moyen de la récolte de maïs a été d’un peu moins de 10 t/ha, mais dans certains secteurs, j’ai récolté 12 t/ha », note le producteur de La Présentation.

En quatre ans, la qualité des sols s’est beaucoup améliorée et les rendements ont augmenté, mais ce n’est qu’un début, ajoute M. Michon, qui compte atteindre de nouveaux sommets au cours des prochaines années.

Et combien ça coûte, tout ça? « Ça coûte environ 3 000 $/ha pour réparer des champs qui ont manqué de soins. Là-dessus, près de 2 000 $/ha sont consacrés au drainage, et il faut un autre 1 000 $ pour le nivellement, le sous-solage et le nettoyage des fossés limitrophes », note l’agriculteur.

Une expérience acquise au fil du temps

Jocelyn Michon a réussi à convertir une des pires terres de son entourage en sol fertile et enviable en peu de temps grâce à une expérience acquise depuis les années 1970. L’aventure a commencé lorsqu’en lisant une revue américaine, il a vu les résultats obtenus avec un semoir de céréales en semis direct dans une culture de maïs. « C’est ça que je veux faire », s’est-il alors dit.

Quelques années plus tard, quand il achète des terres pour faire de la grande culture à son compte, il élimine graduellement les passages des équipements, jugés non essentiels, sur ses terres. « Je voulais remplacer la charrue, parce que ça m’ennuyait énormément, lance-t-il en riant. C’est pourquoi j’ai décidé d’aller vers le semis direct. »

Graduellement, il travaille de moins en moins profondément son sol et prend conscience de l’importance de la vie qu’on y trouve. Pendant quelques années, il fait un travail léger du sol pour y incorporer du fumier. Puis, en 2003, il implante les cultures de couverture pour de bon, et c’est terminé, le travail du sol!

« J’ai fait la transition progressivement, sur une longue période. Je n’ai pas eu à faire de changements drastiques », soutient M. Michon, qui admet que la transition peut être difficile pour les producteurs qui travaillent en monoculture de maïs et qui doivent épandre des fumiers tôt au printemps, car le sol est souvent très compacté.

Les sols deviennent parfois si compactés qu’ils ne se drainent pas bien. « Et neuf fois sur dix, le drain n’est pas en défaut. C’est parce que l’eau ne se rend même pas au drain », ajoute M. Michon. Ceux qui ajoutent un drain sans changer leur pratique gagneront cinq ans, mais la solution à long terme se trouve ailleurs. Selon Jocelyn Michon, il faut retirer les gros équipements pesants des champs. « Chez moi, il y a juste la batteuse qui va dans les champs; les remorques restent en bout de champ », lance l’homme qui cultive 240 hectares.

Au fil des ans, le seigle est devenu l’une de ses cultures de couverture préférées, qu’il utilise aussi bien en pleine terre pour y semer le soya qu’en bande entre les rangs de maïs. « Les plantes de couverture augmentent énormément l’activité biologique dans le sol », lance le producteur de grandes cultures spécialisé dans la production de maïs et de soya, qui a laissé tomber la culture du blé en 2015 pour prendre un peu de vacances en août.

Pour optimiser la qualité de ses sols, Jocelyn Michon a plutôt choisi, il y a cinq ans, d’incorporer la culture des légumes de transformation une année sur six. Depuis, il sème de 35 à 40 hectares de légumes chaque année. Cela permet le semis hâtif d’un mélange multiespèces de graminées, légumineuses et crucifères. C’est toute une diversité de cultures, de différentes longueurs de racines, qui permettent d’explorer tout le potentiel nutritif du sol.  

Pourquoi travailler le sol quand la nature peut le faire à votre place?

Guillaume Roy, Collaboration spéciale