La mouche piqueuse des étables est présente au pâturage, mais elle colonise aussi les bâtiments de ferme. Crédit photo : Whitney Cranshaw, Colorado State University, Bugwood.org

La mouche piqueuse des étables est présente au pâturage, mais elle colonise aussi les bâtiments de ferme. Crédit photo : Whitney Cranshaw, Colorado State University, Bugwood.org

Les mouches des bâtiments de ferme : comment y faire face?

Les mouches présentes dans les bâtiments d’élevage peuvent réduire considérablement la production des animaux et leur transmettre des maladies graves. Pour ramener leur population à un niveau acceptable, on doit combiner plusieurs méthodes.

Deux espèces cohabitent dans les bâtiments de ferme : la mouche domestique (Musca domestica), qui vit aussi dans nos maisons, et la mouche piqueuse des étables (Stomoxys calcitrans), dont une partie est ramenée du pâturage.

Dans les étables, les poulaillers et les porcheries, les torts causés par ces deux espèces de mouches sont bien réels. Tout d’abord, elles peuvent transmettre des maladies virales et bactériennes, par contact ou piqûre, telles que rouget, salmonellose, entérocolite, mammite, conjonctivite, avortement infectieux, tuberculose, choléra et influenza aviaire, dont certaines affectent aussi l’être humain.

Les mouches domestiques, très communes dans les bâtiments de ferme, à différents stades de croissance : œufs, larves, pupes (cocons brunâtres) et adultes. Crédit photo : Clemson University - USDA Cooperative Extension Slide Series, Bugwood.org

Les mouches domestiques, très communes dans les bâtiments de ferme, à différents stades de croissance : œufs, larves, pupes (cocons brunâtres) et adultes. Crédit photo : Clemson University – USDA Cooperative Extension Slide Series, Bugwood.org

Ajoutons les douleurs provoquées par la mouche piqueuse des étables ou encore les désagréments subis par les voisins, à la fin d’un lot d’élevage de volailles notamment.

Les animaux incommodés produisent de 2 à 5 % moins de lait, d’œufs ou de viande, et jusqu’à 60 % moins de lait à cause des mouches piqueuses. Ils peuvent consommer 20 % moins de nourriture. On observerait un impact économique avec aussi peu que cinq mouches par animal. Quelque 50 mouches piqueuses des étables par veau font perdre jusqu’à un kilo de gain de poids par jour.

Combiner plusieurs méthodes de lutte

On doit combattre les mouches de plusieurs façons simultanées. Leur surveillance au moyen de pièges collants, entre autres, nous guidera sur l’urgence du traitement.

Les mouches que l’on voit voler ne constituent que 15 à 20 % de la population qui habite le bâtiment. Le reste vit sous forme d’œufs, de larves et de pupes dans le fumier et la litière. En effet, les mouches pondent dans toute matière organique en décomposition telle que fumier, litière souillée, compost, animaux morts restes d’aliments sur le sol tels que foin, ensilage et moulée. La larve, appelée « asticot », s’en nourrit. Une fois transformée en pupe, au stade chrysalide, elle vit sur ses réserves dans un cocon brun rougeâtre et rigide où elle se métamorphosera en adulte.

La mouche femelle pond plus de 500 œufs au cours de sa vie, qui éclosent en 10 à 24 heures. À une température de 25 à 30 °C, les mouches domestiques et piqueuses passent du stade œuf au stade adulte en seulement 8 à 12 jours. L’idéal est donc de réduire au minimum la ponte des œufs et la croissance des larves.

La propreté, méthode la plus efficace

La propreté du bâtiment d’élevage, de la cour d’exercice et des enclos extérieurs est la mesure la plus efficace pour réduire la population des mouches. « Ça devrait être une priorité », affirme Simon Lachance, professeur et chercheur au campus Ridgetown de l’Université de Guelph, qui étudie notamment la lutte contre ce fléau.

Il conseille de briser le cycle de reproduction des mouches en enlevant le fumier de l’étable au moins tous les 7 à 10 jours. De même, le plus souvent possible, on doit renouveler la litière et nettoyer le pourtour des logettes, des enclos, de la plateforme à fumier ou à compost, et même les fossés engorgés par les mauvaises herbes.

On épandra ou compostera le fumier assez vite en le retournant : la lumière, l’assèchement et la chaleur du compost détruiront beaucoup de larves.

De plus, on asséchera la litière par tous les moyens : renouvellements fréquents, ventilation, système d’abreuvement sans fuites, abreuvoirs à la bonne hauteur, etc.

La lutte chimique

La lutte chimique se combine à bien d’autres méthodes, mais seule, elle aura peu d’effet. Les insecticides s’utilisent de différentes façons : pulvérisation sur la litière, les murs ou les plafonds, brumisation dans l’air, application sur le dos des animaux ou les brosses d’étable, appâts ou boucles d’oreilles.

Tout d’abord, les larvicides pulvérisés sur la litière détruisent les larves lors de leur transformation en pupes.

De leur côté, les insecticides appliqués par brumisation dans l’air tuent rapidement les mouches adultes en espace clos. À la fin d’un lot d’élevage de volailles, par exemple, on pulvérise le poulailler après l’expédition des oiseaux, mais avant d’enlever la litière. Ainsi, on empêche les mouches d’explorer les autres bâtiments ou les maisons voisines. Attention : la brumisation détruit parfois presque toutes les mouches adultes sans affecter la multitude de larves et de pupes encore présentes.

Les insecticides que l’on applique sur les animaux, les murs, les plafonds, les poteaux et les autres zones où les mouches se reposent ont une action résiduelle. Celles-ci peuvent développer une résistance à leur égard et comme elles passent peu de temps au même endroit, seules quelques parties de leur corps touchent aux produits.

Quant aux appâts, à suspendre hors d’atteinte des animaux et des enfants, ils tuent les mouches au contact ou par ingestion.

Les moustiquaires

L’installation de moustiquaires partout où c’est possible, en particulier dans la laiterie, demeure une excellente solution. « Mais il faut s’assurer d’une ventilation suffisante relativement à la surface d’entrée d’air », prévient Simon Lachance.

Les destructeurs électriques d’insectes à tubes fluorescents sont efficaces dans les locaux de grandeur limitée. Ils doivent être régulièrement nettoyés et accrochés ailleurs qu’au-dessus d’une mangeoire ou du système de traite.

La nature à la rescousse

Quelques ennemis naturels des mouches des étables ont aussi attiré notre attention.

Tout d’abord, les guêpes parasites. Plusieurs espèces de guêpes minuscules inoffensives pour les humains et les autres animaux s’attaquent exclusivement aux mouches. Elles pondent leurs œufs dans les pupes dont leur propre larve se nourrit. « Ces guêpes vivent naturellement à proximité des fermes et nous les élevons en forte concentration. Nous proposons un mélange de cinq espèces de guêpes qui ciblent la quasi-totalité des espèces de mouches », note Greg Bromley, biologiste, président de Goodbugs (BonneBébitte). Cette entreprise de Colombie-Britannique distribue ce moyen de lutte partout au Canada depuis 17 ans.

Les guêpes parasites sont expédiées en sachets, en très grand nombre, à l’intérieur de pupes de mouches. On dispose ces pupes et leurs guêpes « de Troie » dans l’étable dès réception, aux endroits stratégiques : fumier, litière, compost et pourtour des enclos, des aires de repos, de logement, d’alimentation et d’abreuvement.

Les lâchers de guêpes se font toutes les deux à quatre semaines. On commence dès que les mouches volent en groupes du côté sud des étables, au printemps, pour terminer vers la fin septembre. Dans les porcheries ou les poulaillers, on peut déposer ces guêpes en tout temps, mais idéalement après le nettoyage. « L’une des erreurs les plus courantes est de ne pas distribuer les guêpes selon un calendrier régulier, explique Greg Bromley. Il faut à tout prix les placer dans les bonnes conditions, que nous expliquons en détail au producteur. Il ne faut pas appliquer d’insecticide par brumisation afin de ne pas tuer aussi les guêpes. »

Quant à la mouche du lisier (Ophyra aenescens), elle dévore les larves des mouches de l’étable. Cantonnée dans les fosses et les dalots, celle-ci n’est pas importune. Efficace dans les porcheries, elle convient également aux fermes laitières sur lisier.

« Pour compléter la destruction des pupes de mouches avec les guêpes parasites, je recommande fortement d’éliminer le plus de mouches adultes possible avec des plaquettes ou des bandes collantes », dit M. Bromley.

Ces pièges doivent être remplacés régulièrement. « Les longues bandes collantes à placer horizontalement sont les plus efficaces », a constaté le professeur Lachance. Mais si votre étable est visitée par les hirondelles, accrochez les pièges collants dans un lieu qu’elles ne risquent pas de croiser. À ce propos, installer des nichoirs à hirondelles près de sa ferme est une excellente idée.

En conclusion, n’oubliez pas de combiner plusieurs méthodes pour faire mouche!