Tel que publié dans La Terre de chez nous

Des liens surprenants avec les libéraux

Au fur et à mesure que les médias creusent le dossier du gaz de schiste, les ramifications entre le gouvernement libéral et l’industrie gazière sont exposées au grand jour.

09 septembre 2010
par Julie Mercier - Politique

Le départ en trombe de Stéphane Gosselin, chef de cabinet du ministre du Développement économique du Québec, le vendredi 27 août, et sa nomination le lundi suivant en tant que directeur de l’Association pétrolière et gazière du Québec ont fait les manchettes des grands quotidiens de la province.

Ce n’est pourtant pas la première fois que des proches du gouvernement libéral passent du côté de l’industrie gazière. Ainsi, le directeur général du Congrès mondial de l’énergie Montréal 2010 n’est nul autre que Stéphane Bertrand, directeur de cabinet du premier ministre de 2003 à 2007. Ce militant libéral de longue date a été directeur général du Parti entre 1992 et 1996, a dirigé le cabinet du ministre des Finances, en plus d’oeuvrer chez Gaz Métro. Il fut également consultant auprès d’un cabinet-conseil en communication où il a fait la promotion de deux projets majeurs de gazoduc.

Le quotidien Le Devoir a déniché que Daniel Bernier, ancien chef de cabinet de la ministre du Tourisme, est aujourd’hui l’un des lobbyistes de la gazière Talisman Energy. Son employeur, le Groupe GVM, est dirigé par François Pilote, un vieil ami de Jean Charest, toujours selon ce quotidien. L’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) a également ses entrées à l’Assemblée nationale. Une fouille du côté du registre des lobbyistes révèle qu’elle y a dépêché plusieurs personnes. Le premier, Martin Daraîche, est conseiller principal au cabinet de relations publiques National. Dans une autre vie, M. Daraîche fut conseiller aux affaires politiques et juridiques au cabinet du premier ministre. Lisa Lavoie, sa collègue chez National, fut directrice adjointe au cabinet de la ministre de l’Environnement et attachée politique responsable des dossiers relatifs à l’eau, a découvert La Presse canadienne. Trois autres lobbyistes, Pierre-Hugues Vallée, Pierre Boivin et Andrée-Claude Bérubé, font partie du cabinet McCarthy Tétrault dont le chef de la direction, Marc-André Blanchard, a été président du Parti libéral du Québec de 2000 à 2008.

Sous leurs chapeaux de démarcheurs de l’APGQ, ces trois avocats défendent aussi les intérêts des principales compagnies impliquées dans la prospection pétrolière et gazière au Québec, c’est-à-dire Canadian Forest Oil, Gastem, Intragaz, Junex, Pétrolia, Petrolympic, Questerre Energy, Talisman Energy, Molopo et la torontoise Altai ressources. Cette dernière compagnie possède les droits d’exploitation sur plus de 282 000 acres de terres entre Sorel et Trois-Rivières en association avec Talisman Energy. Cette dernière et Forest Oil possèdent également des options sur les terres de Gastem, Questerre et Junex.

De l’eau dans le gaz

Pour plusieurs critiques de la flambée de l’exploration du gaz de schiste au Québec, la solution repose dans la nationalisation. Une idée que le ministre de l’Environnement, Pierre Arcand, n’a pas rejetée. Mais l’idée n’est pas nouvelle. Au début des années 2000, Hydro-Québec s’activait dans l’exploration pétrolière et gazière. La société d’État prévoyait y injecter 330 M$ d’ici 2010. En 2006, la division Pétrole et gaz d’Hydro perdait Peter Dorrins, son chef de l’exploration aux mains de… Junex. Finalement, en 2007, la division Hydro Pétrole et gaz disparaissait définitivement de la carte.