Reboiseur : métier extrême et valorisant
Après trois semaines d’attente, les feux qui faisaient rage dans le nord du Lac-Saint-Jean se sont enfin calmés. Au petit matin alors que la canicule se poursuit, les reboiseurs s’activent pour retourner travailler en forêt. Portrait d’un métier extrême et valorisant.
L’activité « Reboiseur d’un jour » a été organisée par les Reboiseurs du Monde, le 9 juillet dernier à La Doré, dans le nord du Lac-Saint-Jean, afin de vivre l’expérience de reboiseur dans des conditions réelles de reboisement, de manière à faire connaître au grand public les bons côtés comme les côtés plus difficiles de ce métier. Voici le récit d’une journée hors de l’ordinaire.
Six heures. Départ de La Doré. Après une heure de chemins forestiers à bord d’un autobus scolaire aux limites de la grande forêt boréale, nous arrivons au Lac-Chapeau, le camp de base des reboiseurs où des milliers d’arbres attendent patiemment à se faire mettre en terre. Accompagnés de dix autres reboiseurs d’un jour, dont les maires de Saint-Félicien et de La Doré, nous chargeons le camion d’arbres à planter pour la journée. Pendant ce temps, les vrais reboiseurs nous regardent travailler en discutant des paris de la veille sur la quantité d’arbres que les non-initiés parviendront à planter! Nous parcourons encore quelques kilomètres pour nous rendre au site de reboisement. « Chaque reboiseur d’un jour sera jumelé avec un reboiseur professionnel qui vous aidera tout au long de la journée », explique Guillaume Maziade, président des Reboiseurs du Monde. Après avoir mis le casque de sécurité et pris un extracteur, c’est le temps d’enfiler la ceinture de transport de plants et de charger trois cassettes de 45 plants de pins gris. Le contremaître de plantation, Martin Larouche, explique comment exécuter le travail.
Défi physique
« Premièrement, il faut trouver un microsite dans les sillons faits par la machinerie. On creuse ensuite un trou avec l’extracteur où on plante l’arbre en s’assurant qu’il soit le plus vertical possible et que la carotte de terre soit complètement enterrée. Finalement, on doit compacter l’arbre afin qu’il n’y ait pas d’air en se servant de son pied. On fait deux pas, pour espacer les plants de 1,4 à 2 mètres, et on recommence. » En trois mots, le reboisement se résume à « compaction, verticalité et espacement ». Après quelques étirements, plus de temps à perdre, c’est maintenant le temps de planter des arbres! Tous les reboiseurs vous le diront : planter un arbre, ce n’est pas compliqué. Le reboisement est beaucoup plus un défi physique et mental que technique. Dave Gagnon en est à sa sixième année de reboisement. Grand, fort, avec une barbe bien taillée et une chemise à carreaux, il représente l’image type du reboiseur. « T’as ben beau avoir le physique, mais si tu n’as pas le mental et la motivation, il vaut mieux laisser faire. Qu’il mouille, qu’il fasse chaud, qu’il y ait des mouches, chaque matin tu pars à zéro et si tu veux te faire une paye, il faut planter beaucoup d’arbres », commente le jeune homme passionné par le travail en forêt.
« Quand tu ne fais pas ton 200 $, ce n’est pas une bonne journée. Alors, tu n’arrêtes pas tant que tu n’as pas atteint tes 46 cassettes de 45 arbres (2070 arbres)… et plus », explique Mickael Gauthier, vice-président de Reboiseurs du Monde. Un bon planteur plante 3000 arbres par jour. Il atteint donc rapidement les centaines de milliers, voire le million d’arbres plantés après quelques saisons. Après quelques heures de plantation, les reboiseurs prennent leur rythme, en partie pour échapper aux moustiques omniprésents. Et à ce qu’il paraît, il n’y en a presque pas aujourd’hui! En trois heures de travail, les dix reboiseurs d’un jour ont planté 4050 arbres, pour un total de 385 $, soit 38,50 $ en moyenne par personne!
Pour Haïti
Exténués après une demi-journée de dur labeur, les politiciens n’ont que de bons mots pour les reboiseurs. « C’est une belle leçon d’humilité. Il faudrait répéter cette expérience dans toutes les régions du Québec pour valoriser le métier », estime Gilles Potvin, maire de Saint-Félicien. De son côté, le maire de La Doré, Jacques Asselin, mentionne avec le visage plein de terre que cette journée « permet de constater comment les travailleurs de la forêt méritent d’être considérés dans notre société moderne ». L’événement sert à faire connaître et financer les projets des Reboiseurs du Monde, un organisme de coopération internationale qui se consacre à la restauration et à la mise en place de milieux boisés à l’échelle planétaire. Depuis 2008, ils ont entre autres lancé des projets de reboisement en Guinée-Conakry et de micropépinière en Haïti.
Pour plus d’information : www.reboiseursdumonde.org




