Tel que publié dans La Terre de chez nous

Présent dans les basses terres du Saint-Laurent

Inconnu il y a à peine quelques mois, le gaz de schiste est maintenant sur toutes les lèvres. Mais d’où vient cette source d’énergie qui suscite la convoitise des uns et alimente la peur des autres ?

07 septembre 2010
par Julie Mercier - Environnement

Gaz naturel non conventionnel, le gaz de schiste doit son nom à la roche d’où il est puisé. Riche en matière organique, cette dernière origine d’une couche sédimentaire déposée il y a environ 450 millions d’années dans ce qui se trouve aujourd’hui les basses terres du Saint-Laurent, qui bordent le fleuve, entre Québec et Montréal. Au Québec, le gisement porte le nom de shale d’Utica et est enfoui entre 600 et 3000 mètres sous la surface du sol.

Peu poreux, le schiste emprisonne fermement le gaz naturel qu’il contient. Le débit si faible de ses réservoirs explique que le schiste fut négligé pendant des décennies comme source de gaz, précise l’Office national de l’énergie. La diminution des réserves gazières conventionnelles et le progrès technologique permettent maintenant d’exploiter les gisements de schiste. La nouvelle technologie d’extraction appelée fracturation hydraulique repose sur l’injection dans la roche de grandes quantités d’eau, auxquelles s’ajoutent du sable et des additifs chimiques. Mais avant de fouiller le sous-sol québécois, les prospecteurs gaziers doivent d’abord obtenir jusqu’à sept permis pour l’exploration de la part du ministère des Ressources naturelles et de la Faune. Si le potentiel du site se confirme, ils doivent ensuite mettre la main sur un bail d’exploitation d’une durée de 20 ans. Si le puits se trouve en zone agricole, l’aval de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) est également requis. Celle-ci a déjà autorisé une vingtaine de projets d’exploration depuis 2002. La société d’exploration doit aussi s’entendre de gré à gré avec le propriétaire du terrain pour les droits de passage et d’utilisation de même que les compensations. Si aucune entente n’est possible, la compagnie gazière peut s’adresser au gouvernement afin qu’il procède à l’expropriation.

Des risques pour la nappe phréatique

Devant la multiplication des projets d’exploration gazière, l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) craint principale ment les impacts sur l’environnement. Elle s’inquiète notamment de la contamination de la nappe phréatique et des sols comme le démontre l’expérience vécue par nos voisins du sud. En avril dernier, la Ville de New York fermait les vannes à l’industrie gazière en imposant un moratoire sur le forage dans une zone de 4000 kilomètres carrés encerclant la source de son aqueduc municipal. Autour des puits de gaz de schiste de Pennsylvanie, le département de la protection de l’environnement de cet État a recensé 1435 infractions en deux ans et demi dont les deux tiers pouvaient laisser des traces dans l’environnement.

De son côté, la jeune industrie gazière du Québec assure qu’elle utilise « des méthodes de forage sécuritaires et éprouvées depuis plusieurs décennies afin de bien protéger les réserves d’eau potable ». De plus, l’eau usée découlant de la fracturation est « en partie récupérée et transportée à des usines d’épuration où elle est traitée et peut être retournée dans son milieu naturel », affirme l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ). Au cours des prochains mois, cette dernière pourra aiguiser ses arguments devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Président de l’AQLPA, André Bélisle considère que les entreprises gazières ont la partie facile comparativement à l’industrie éolienne. Pour construire une éolienne, dit-il, il faut le consentement du propriétaire terrien, tandis que les compagnies de gaz peuvent procéder par expropriation faute de parvenir à une entente avec le propriétaire.