L'agriculture pourra s'adapter et peut-être en bénéficier

Les agriculteurs peuvent se compter chanceux: s'il y a un domaine où l'adaptation face aux changements climatiques sera plus facile, ce sera l'agriculture.

30 août 2010
par David Savoie - Environnement

Ce sont les prévisions de René Laprise, directeur du centre Escer, de l'Université du Québec à Montréal. Le centre a reçu une subvention du gouvernement québécois afin de mener une étude sur l'impact des changements climatiques dans plusieurs domaines, dont notamment l'agriculture et la foresterie.

L'étude sera réalisée durant les prochains mois, afin de déterminer avec plus de précision quel sera l'impact d'une augmentation de la température sur les régions du Québec. « Toutes les études tendent à montrer que le réchauffement et ses conséquences vont aller en s'amplifiant de façon à peu près linéaire. Certains effets sont déjà perceptibles; alors, imaginez l'ampleur dans quelques décennies! », explique le chercheur.

Pour le moment, tout indique que les années à venir seront graduellement plus chaudes. D'ici les prochaines décennies, les scientifiques prévoient que les hivers québécois devraient se réchauffer de 2 à 6 degrés, alors que les températures estivales augmenteront de 1 à 4 degrés.

De nombreux changements climatiques sont appréhendés d'ici la fin du siècle, dont plusieurs affecteront directement les agriculteurs (voir Les changements climatiques pour le Québec agricole d'ici la fin du siècle).

« À première vue on pourrait croire que les changements appréhendés seront plutôt bénéfiques pour la croissance des plantes. Mais la réduction du couvert hivernal pourra affecter les espèces sensibles au gel », dit René Laprise.

De plus, note le spécialiste du climat, des sécheresses fréquentes en été et de l’évaporation accrue en raison à des températures plus élevées seront des pressions supplémentaires sur la demande en eau. Pour le domaine de la foresterie, les changements seront plus difficiles à évaluer, puisque les chercheurs ne peuvent mesurer exactement comment les arbres réagiront à ce nouveau climat.

Solution: l'adaptation

Le chercheur estime que le secteur agricole pourra certainement faire face aux changements climatiques et s'adapter à ces nouvelles variables. « [L'agriculture] le fait constamment en réaction aux marchés, elle pourra assurément le faire pour les changements climatiques », estime René Laprise.

Selon le chercheur, plusieurs pratiques pourraient permettre de réduire les impacts du réchauffement sur le plan local, dans le champ d'un agriculteur par exemple. Ne serait-ce que d'éviter le drainage des terres dans les ruisseaux. « Avec une probabilité accrue de forts 'coups d'eau' dans un climat plus chaud, il sera d'autant plus important de prévoir des tampons pour accumuler temporaire l'eau du ruissellement. »

Éviter l'érosion, que ce soit sur les bandes riveraines en laissant pousser les arbustes, ou dans les champs en évitant les labours dans les zones en pente forte, serait une mesure appropriée, soutient René Laprise.

Les changements climatiques pour le Québec agricole d'ici la fin du siècle

En été…
•Réchauffement moyen de 3,5 degrés (2,5 en Gaspésie)
•Peu de changement des précipitations moyennes
•Augmentation de la fréquence des canicules
•Augmentation de la fréquence des sécheresses
•Augmentation des événements de précipitations intenses
•Allongement de la période de croissance de 3 - 4 semaines
•Fonte printanière arrive plus tôt (2 semaines), gel automnal arrive plus tard (2 semaines)
•Déplacement vers le nord des régions horticoles

En hiver…
•Réchauffement moyen de 3 à 5 degrés
•Augmentation des précipitations moyennes de 20 à 30%
•Diminution de la fréquence des épisodes de froid intense
•Raccourcissement de la saison de neige de 3 à 4 semaines: première neige plus tardive, dernière neige plus hâtive
•Chutes de neige plus abondantes, suivies de fréquents redoux
•Neige souvent fondante ou mêlée de pluie
•Peu d’accumulation de neige au sol
•Moins d’embâcles sur les rivières lors de la fonte printanière