Une douce et délicieuse folie
En pleine récession, et durant que la crise de la listériose secouait le Québec, Maggie Paradis et Christian Girard décidaient de plonger tête première dans la construction d’une fromagerie.
« Vous savez maintenant pourquoi ça s’appelle Les Folies Bergères! » plaisantent aujourd’hui les deux complices. Maggie et Christian sont arrivés sur le tard en agriculture, après une carrière dans les Forces armées canadiennes. En 1996, les deux globe-trotters posent le pied à Saint-Sixte, en Outaouais, où ils se portent acquéreurs d’un lopin de terre et d’une petite maison. Quelques années plus tard, en recherche d’emploi, Maggie aperçoit dans le journal local une publicité sur une formation en démarrage d’entreprise ovine. « Le premier cours, j’ai sauté dans le parc. Ç’a été l’amour, le coup de foudre total », raconte-t-elle. Un beau clin d’œil du destin pour celle qui s’amusait à répéter toute petite « je veux être police ou agricultrice! » Aujourd’hui, la bergerie chaude abrite 150 brebis laitières de race Lacaune et East Friesian ainsi que trois béliers.
Fromages pur lait
Beaucoup de lait est passé dans le lactoduc depuis leur début. « Quand on a commencé, les brebis ne montaient pas sur le quai de traite », sourit Maggie. Un peu plus de dix ans plus tard, Christian et elle viennent d’inaugurer officiellement une fromagerie : Les Folies Bergères. Dans la confection de leurs produits, les deux amoureux ont pu s’appuyer sur le savoir-faire du maître fromager André Fouillet. « Notre premier produit, la Petite Folie, c’est vraiment lui qui nous a démarqués », explique Maggie, qui compare ce fromage à du velours en bouche. Les créations comptent également un feta style grec, Le Fou Fou Feta de même que La Coulée Douce, une pâte demi-ferme pure brebis, dont la meule est lavée avec du cidre du Verger Croque-Pomme de Thurso. Sans oublier, L’Apprenti Sorcier, un type brie 50 % lait de vache et 50 % lait de brebis au goût délicat et fleuri dont la recette fut rachetée à la Fromagerie La Voie Lactée. Toutefois, la vedette demeure Le Jupon Frivole, une pâte molle affinée en surface de type caillé lactique « un fromage plus toxon, avec des levures qui ont du tork », décrit la fromagère. Celle-ci peut compter sur le coup de main de Diane Montigny, qui s’occupe de la Fraîche de Saint-Sixte, le cheddar frais du jour. « Elle frotte le caillé avec tellement de tendresse que le résultat n’a pas le choix d’être excellent », assure Maggie. Les enfants Marc, 17 ans, et Élizabeth, 18 ans, ont aussi mis la main à la pâte. « Tous les deux ont travaillé fort et ils vont être actionnaires », remercie Christian. « Sans eux, on ne serait pas rendu là », renchérit Maggie.
Tirer son épingle du jeu
Située aux frontières du Québec et de l’Ontario, la ferme de St-Sixte distribue ses fromages sur les marchés de Gatineau et d’Ottawa, un bassin d’un million de personnes. Elle compte parmi ses clients le restaurant du casino du Lac-Leamy, le Baccara. Ses produits sont également présents dans les épiceries de la région de La Petite Nation et à la boutique de la ferme. Le 28 mai, Christian et Maggie étaient fiers d’inaugurer leur fromagerie après avoir passé haut la main l’inspection finale du gouvernement fédéral, un examen au peigne fin de toutes leurs installations. Le couple ne tarissait pas d’éloges pour leurs partenaires « qui ont embarqué dans notre passion, soutient Maggie. Tout ce qu’on veut, c’est d’être la petite fromagerie qui est capable. Faire du fromage c’est simple, faire du bon fromage ce n’est pas facile. On est fiers de l’emballer et de vous le présenter », termine Maggie.




