Les avantages à être petit
Elles sont six petites laiteries québécoises qui refusent de disparaître et qui résistent encore et toujours à la fusion avec les grandes entreprises laitières. Face aux géants Natrel et Parmalat, y a-t-il des avantages à rester petit?
Mario Houle, directeur général de la Laiterie des Trois-Vallées, est convaincu que oui. « Il y a de la place, selon lui, pour ce genre de développement à plus petite échelle si on sait répondre aux besoins des consommateurs avec des produits locaux de qualité. »
Pour offrir un lait plus frais, l’usine des Hautes-Laurentides embouteille le tout en moins de 24 heures, ce que ne peuvent pas faire les grosses unités de production. Elle peut aussi réagir plus rapidement et produire des commandes spéciales de petits volumes pour lesquels les grandes bannières ne se qualifient pas. Fournir le marché local, élargir la gamme des fournisseurs en région, diminuer les « kilomètres alimentaires », offrir des produits distinctifs et des contenants de lait en plastique, retournables et 100 % recyclables, occuper toute la place qui lui revient dans son propre marché, voilà ce à quoi s’est attelée la Laiterie des Trois-Vallées après son redémarrage en 1993 et à la suite de la fermeture d’Agrodor.
Un développement concerté
Au départ, ils étaient 67 producteurs regroupés en compagnie privée (ils sont 55 aujourd’hui) et venant de trois vallées, celle de la Lièvre (Mont-Laurier et Ferme-Neuve), de la Rouge (Brébeuf) et de la Gatineau (Maniwaki). Le Centre local de développement (CLD) et la SADC ont facilité l’accès au crédit de l’entreprise. Selon le directeur général, le fait d’avoir plusieurs personnes autour de la table pour prendre les décisions amène des expertises différentes et aide à faire les meilleurs choix de développement. En début d’année 2010, l’entreprise a investi 1 M$ dans de nouveaux équipements et a pu profiter des programmes d’aide d’Emploi Québec et d’Investissement Canada.
Elle a aussi lancé sur le marché deux nouveaux produits, soit une crème, L’Exquise, sucrée et vanillée pour accompagner les petits fruits et une autre à 15 %, La Campagnarde, pour la cuisson et la table. La Laiterie des Trois-Vallées offre à ses clients quatre laits différents, un lait au chocolat, quatre crèmes dont une à la vanille lui a mérité un prix et deux mélanges pour crème glacée molle. Pour assurer la qualité de ses produits, elle possède son propre laboratoire d’analyses où des échantillons sont pris tous les jours. Depuis deux ans, l’entreprise vend sa production à des distributeurs indépendants qui fournissent surtout le marché régional. Les nouveaux investissements en machinerie ont permis, grâce à un nouvel ordinateur, d’automatiser davantage les opérations de production.
Défis à surmonter
En période de crise, le premier défi de toute entreprise consiste à gérer ses coûts de production. « Pour nos contenants de plastique, le prix du pétrole nous rentre dedans tout le temps », affirme Mario Houle. Même chose pour le transport du lait des producteurs jusqu’à l’usine où il a fallu trouver des arrangements pour abaisser les coûts.
Même si la Laiterie des Trois Vallées a accès aux épiceries locales, rien n’est jamais acquis pour de bon. Son directeur compte donc sur les consommateurs pour qu’ils exigent de leur épicerie des produits laitiers de la région. Dans ces derniers, il n’y a pas de substances laitières modifiées qu’on retrouve dans les grandes marques et qui sont importées de l’extérieur du pays. Impossible aussi pour une petite laiterie de résister à la guerre des prix que se livrent les grosses bannières pour le format de quatre litres de lait. Le contenant de plastique demeure donc un bon atout dans cette région très touristique.
Autre argument en faveur de la laiterie de Mont-Laurier, les vaches qui lui fournissent le lait vont toujours paître à l’extérieur pendant la belle saison ce qui donne un lait plus riche en oméga-3.
L’entreprise engage 20 personnes pour produire environ trois millions de litres de lait par année. Elle verse aux producteurs quelque 15 M$ annuellement pour la vente de leur lait.




