La biosécurité: une question d'argent
À la barre d'un élevage d’environ 2000 têtes, Éric Provencher accorde une importance d’envergure à la biosécurité. Et ce n’est pas pour bien paraître dans un banquet!
Après quelques kilomètres à circuler dans la campagne d’Ange-Gardien, en Montérégie, les premiers bâtiments de l’Entreprise E.D.L attirent rapidement l’attention. À vrai dire, la barrière clôturée affichant en gros « Biosécurité, Accès interdit » contraste avec ce qu’on retrouve habituellement sur les fermes bovines. De fait, la biosécurité est une variable cruciale dans l’efficacité de l'entreprise d'Éric Provencher.
« À la base, c’est assez simple : plus tes animaux sont malades et plus tu utilises de traitements, moins tes profits sont élevés. L’an dernier, nous avons eu 4 % de morbidité (incluant les conjonctivites et les boiteries) et 1,16 % de mortalité malgré le fait que les deux tiers des animaux du troupeau soient achetés avec un poids de moins de 800 lb. Ce sont de très bons résultats que nous nous efforçons de maintenir. À cet égard, nos actions en matière de biosécurité y jouent pour beaucoup. »
Halte à la transmission des bactéries
L’association entre science à outrance et biosécurité peut effrayer, mais en réalité, il s’agit d’une pratique courante à la ferme. « Premièrement, j’aime fermer un lot en 48 heures avec des animaux uniformes provenant du même endroit. C’est un avantage que détiennent les éleveurs de l’ouest, car au Québec, si je veux acheter ce même lot de 180 veaux, ceux-ci pourront provenir de 180 éleveurs différents. Cela augmente de beaucoup la transmission de maladies ». Monsieur Provencher ajoute que des lots uniformes lui permettent également une efficacité accrue concernant l’alimentation et le conditionnement des nouveaux venus. « Le voyage, et le fait que certains animaux viennent tout juste d’être sevrés représentent un stress pour plusieurs d’entre eux. Nous les isolons dans un bâtiment de quarantaine où les attend une nourriture de qualité, un espace au sol supérieur et un excellent contrôle de l’aération. Cela diminue les chances de contamination et fournit aux veaux des conditions optimales pour récupérer. Si certains individus ou même, le lot en entier, présentent des signes de maladie, nous pouvons les traiter rapidement puisque la cage de contention est annexée à ce bâtiment. »
Une fois la quarantaine terminée, les veaux prennent une direction précise dans l’étable : celle du dernier enclos! En effet, à l’arrivée d’un nouveau lot, tous les autres animaux sont déplacés dans l’enclos subséquent afin de maintenir un ordre préétabli; des plus vieux aux plus jeunes. Il s’agit d’un moyen supplémentaire de biosécurité qui empêche le contact avec les animaux seniors. Aussi, chaque enclos est numéroté. D’une part pour la logistique reliée aux rations de nourriture, d’autre part pour rendre plus efficace le traitement des maladies. « Mis à part les cas graves, lorsqu’un animal malade est traité, nous le retournons immédiatement dans son enclos respectif, autrement cela compromet son acceptation par le groupe. Sauf que cet animal doit faire l’objet d’un suivi particulier. Les enclos numérotés et le fait de peinturer la bête traitée nous permettent de le localiser plus facilement parmi les siens. Et tout est noté dans un registre informatique. Ainsi, nous connaissons exactement les interventions et les coûts associés à chaque animal, de chaque lot. »
Éric Provencher est formel; la biosécurité passe par un contrôle rapide des maladies. « Tous les matins, nous effectuons une tournée des animaux afin de vérifier leur bon état. Aucun laxisme n’est toléré. Si nous avons le moindre doute, nous amenons l’animal pour prendre sa température. Parce que nous détectons rapidement les problèmes, cela exige des quantités inférieures de médicaments. » Les traitements en question doivent être pratiqués de façon spécifique. « Nous avons un protocole pour chaque type de maladie. Révisés tous les ans, ils sont rédigés avec l’aide d’un vétérinaire sur la base des symptômes ou sur celles de circonstances précises. Quatre personnes travaillent au sein de l’élevage si chacun y va du médicament et des doses de son choix, cela se traduira par des coûts supplémentaires et une efficacité qui pourrait être moindre. »
Des infrastructures… biosécurisées!
Certains petits trucs concernant les infrastructures valent leur pesant d’or dans la lutte aux maladies. « Un élément de biosécurité qui peut sembler ne pas en être un, consiste en un petit système de chauffage installé au-dessus de la cage de contention. Il permet de traiter les animaux 365 jours par année. J’ai déjà connu des journées assez froides pendant lesquelles les vaccins gelaient littéralement dans les seringues. Sans chauffage, il faut attendre… En sachant que le nombre de bactéries double toutes les 30 minutes chez un animal malade, une ou deux journées de retard peuvent s’avérer lourdes de conséquences ».
En ce qui concerne la propreté, les enclos sont nettoyés chaque semaine, le lundi et le mardi. Le chargeur utilisé est aussitôt lavé puisqu’il sert également à la manipulation de la nourriture. Le plancher du bureau est désinfecté au chlore quelques fois par année, tout comme la zone où se trouve la cage de contention. Un programme de lutte contre les rongeurs est en place. Concernant les oiseaux, le boulot se fait à l’ancienne : ils sont chassés au fusil!
Pour Éric Provencher, une bâtisse construite en hauteur favorise une saine ventilation, et qui plus est, un plafond isolé diminue la chaleur en été et l’égouttement par temps frais. De plus, l’extrémité est orientée en direction nord et sud, minimisant les courants d’air provenant des vents dominants.
Des intrants vérifiés
« Pour la litière et la nourriture, nous nous assurons que nos transporteurs sont sérieux. Des camions propres et du matériel de bonne qualité. Les zones où décharger chaque type d’intrant sont identifiées, et cela doit être respecté. » Monsieur Provencher et son équipe pratiquent la même rigueur pour les vaccins, les antibiotiques et les antiparasites. « Nous faisons analyser différents échantillons de fumier, pour évaluer la résistance des parasites et des bactéries aux produits utilisés. Cela nous permet de choisir les traitements les plus efficaces. Encore une fois, la performance et la rentabilité du troupeau en sont avantagées. »
Le succès…
L’élevage bovin n’y échappe pas : de petits détails, dont un contrôle sévère des maladies, font foi du succès. L’élevage de M. Provencher est intéressant, car mise à part son implication en biosécurité, il expérimente l’efficacité de plusieurs intrants sur son troupeau. D’ailleurs, il serait pertinent d’évaluer les résultats de ses tests sur différents implants… Le message est lancé!




