Population résistante à la petite herbe à poux dans un champ de soya de la Montérégie. Crédit photo : Félix Marsan-Pelletier

Population résistante à la petite herbe à poux dans un champ de soya de la Montérégie. Crédit photo : Félix Marsan-Pelletier

La rotation des groupes d’herbicides, incontournable pour prévenir la résistance

Les herbicides sont largement employés en grandes cultures pour leur efficacité et leur facilité d’utilisation. Or, certaines mauvaises herbes sont parfois tenaces et ne réagissent pas aux différents traitements appliqués.

Le phénomène de résistance se traduit par la capacité d’un organisme à survivre et à se reproduire à la suite d’un traitement appliqué à une dose normalement létale. Cela engendre des coûts supplémentaires ainsi que des pertes de rendement et de qualité de la récolte pour les producteurs. Jusqu’à maintenant, au Québec, 12 espèces de mauvaises herbes ont développé de la résistance à cinq groupes d’herbicides (1, 2, 5, 7 et 9). La problématique est possiblement sous-estimée, puisque les cas rapportés l’ont été sur une base volontaire.

La folle avoine et la petite herbe à poux

Afin de dresser un état de situation plus juste de la résistance au Québec, un inventaire actif ciblant deux espèces, soit la folle avoine et la petite herbe à poux, a été mis en place chez des producteurs dans les régions du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de la Montérégie. Durant les saisons de culture 2014 et 2015, 70 populations de folle avoine et 123 de petite herbe à poux ont été échantillonnées dans des champs de céréales ou de soya. Des graines matures de mauvaises herbes ont été récoltées à l’automne et semées en serre. Les jeunes plantules ont été arrosées au PumaMD (fénoxaprop-p-éthyle, groupe 1) pour la folle avoine et au PursuitMD (imazéthapyr, groupe 2) pour l’herbe à poux. Les résultats ont indiqué que 35 % des populations évaluées de folle avoine avaient démontré de la résistance, alors que chez la petite herbe à poux, ce chiffre s’élevait à 81 %.

Un concept méconnu

Un sondage réalisé auprès du groupe de producteurs de la Montérégie a aussi révélé que le concept de rotation des groupes d’herbicides est encore méconnu, car seulement 24 % d’entre eux ont correctement ciblé ce que cela implique. Chez ces mêmes agriculteurs, le nombre de cultures en rotation demeure faible, puisque 62 % d’entre eux cultivent du soya au moins trois ans sur cinq tout en constatant de la résistance dans leurs champs.

Cette étude menée par des chercheurs de l’Université Laval, du Centre de recherche sur les grains (CÉROM) et d’Agriculture et Agroalimentaire Canada a permis d’identifier de nombreuses populations de mauvaises herbes résistantes au Québec et a mis en évidence la nécessité d’utiliser des moyens de lutte intégrée efficaces. Parmi ceux-ci, la rotation des cultures et des groupes d’herbicides demeure un incontournable.

La rotation des groupes d’herbicides

  • Les herbicides sont classifiés selon leurs modes et sites d’action auxquels on attribue un numéro de groupe d’herbicide;
  • Les numéros de groupes d’herbicides sont facilement visibles : ils sont inscrits sur le dessus de chaque étiquette de pesticide;
  • L’utilisation répétée des mêmes groupes d’herbicides est la principale cause d’apparition de la résistance;
  • Une rotation de cultures ou de produits commerciaux n’implique pas automatiquement une rotation du groupe d’herbicides.

Félix Marsan-Pelletier, agr., étudiant à la maîtrise en biologie végétale

Anne Vanasse, agr. PH. D., professeure titulaire au Département de phytologie