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Une tradition de père en fils
À l’automne, à l’instant où les feuilles revêtent leur manteau de feu, la route du chemin de la Montagne, à Mont-Saint-Hilaire est carrément prise d’assaut par les visiteurs.
Ceux-ci viennent en quête de la beauté de la nature, mais aussi pour participer à ce qui est devenu un véritable rituel avant les premières neiges, la cueillette de pommes. Environ 50 000 visiteurs se rendent aux Vergers Petit et fils et pour cause, cette entreprise est un véritable lieu d’amusement qui attend toute la famille.
« Les familles qui vont au zoo doivent souvent débourser 100 $, 150 $ pour la journée. Ici, en moyenne, les gens repartent avec deux sacs de pommes et ont passé la moitié de la journée à s’amuser dans le verger », mentionne Stéphane Petit, propriétaire du verger. Il faut dire que les visiteurs sont choyés lorsqu’ils visitent cette adresse. Balade en tracteur, parc d’amusement, labyrinthe géant, chasse aux trésors, animaux de ferme, crêperie, repas champêtre et boutique, tout est préparé en fonction de l’agrotourisme, et ce, depuis 1994. C’est en effet à partir de ce moment que Stéphane a pris la relève de son père Gaétan. Alors âgé de 21 ans, avec une fibre d’entrepreneur très développée, il décide de se diriger vers la voie de l’agrotourisme pour augmenter la rentabilité de l’entreprise. « Je suis la quatrième génération à cultiver la pomme ici. Mon grand-père faisait dans les produits industriels, mais dans les années 70, il a cessé en raison de l’industrialisation. Mon père, lui, s’est concentré sur la vente de produits frais. Quand j’ai repris l’entreprise, on voulait tout vendre nous-mêmes, on ne voulait plus faire affaire avec les grossistes. Une façon d’y arriver était de se diriger vers l’agrotourisme. J’aime l’agriculture, mais pas juste cela. Si je n’avais pas eu une ferme, je serais quand même parti en affaires parce que je suis un entrepreneur. »
En plus d’ouvrir ses portes aux visiteurs, l’entrepreneur se lance à cette période dans la transformation de la pomme : beignets, confitures, tartes, alcools. Ce sont aujourd’hui plus de 50 produits qui se côtoient dans la boutique. « Tout ce qui peut se faire, on le fait. Si les gens connaissent des produits à la base de pomme qu’on ne fait pas, je veux les faire », mentionne M. Petit.
L’entreprise est populaire. Même si elle est ouverte à l’année, une bonne part de ses 50 000 visiteurs s’y rend à l’automne. Humble, M. Petit attribue d’abord ce succès à l’emplacement du verger. « Il y a 5 «p» en agrotourisme et le premier correspond à l’emplacement. Tu as beau avoir le plus bel endroit du monde, si tu n’es pas dans un bon lieu, ça ne donne rien. » Toutefois, même si le mont Saint-Hilaire est reconnu pour la production de la pomme et qu’il attire évidemment son lot de touristes, M. Petit est aussi responsable de la réussite de son entreprise, car il n’hésite pas à investir pour satisfaire sa clientèle. Pour trouver des idées, il s’est promené en Ontario, chez des collègues, il a fouillé des centaines de sites sur Internet. Maintenant, il travaille surtout sur le côté marketing. « Les gens ne vont pas venir tout seuls. Il faut les convaincre. »
Mais recevoir des visiteurs n’est pas toujours une sinécure. L’autocueillette compte beaucoup d’avantages, dont celui d’éviter le transport et l’entreposage de la marchandise ainsi que la gestion de la main-d’oeuvre. Cependant, ce n’est pas tous les gens qui sont consciencieux avec la nature et les pertes sont nombreuses. « Les gens choisissent les plus belles pommes et jettent celles qu’ils considèrent moins bien. À ce moment, comme producteur, il faut se retenir. Pourtant, ce sont de très bonnes pommes. On perd environ 50 % des pommes. Nous sommes obligés de les envoyer à Lassonde pour en faire, entre autres, des jus. » Le manque de connaissance du monde agricole pose également problème, car les visiteurs voudraient souvent avoir accès à toutes les variétés au même moment. « C’est là qu’il faut faire montre de patience avec les visiteurs, c’est de la gestion, car chaque variété a sa date d’arrivée. Vous ne trouverez pas de pomme Empire le 1er septembre. La nature pousse à son rythme. »
M. Petit avoue ne pas faire lui-même beaucoup de service à la clientèle, en raison du manque de temps. « Je suis un passionné, j’aimerais cela pouvoir expliquer aux gens les produits que je fais. » Il est vrai que lorsque l’on porte le titre de président des Cidriculteurs artisans du Québec, l’horaire ne peut qu’être chargé. « J’entame ma quatrième année à ce titre. Je me suis toujours investi et je me dis que tant qu’à être dans quelque chose, il faut s’impliquer à fond. Nous sommes 60 producteurs cidriculteurs, c’est une industrie en plein développement qui est difficile, mais qui a un bel avenir. »



