Le Québec croule sous le grain

La récolte exceptionnelle de cette année cause de sérieux problèmes de logistique pour les centres de grains québécois.

03 novembre 2010
par Thierry Larivière - Cultures

Plusieurs sources ont signalé à la Terre que l’espace de stockage de grain, les camions et même les bateaux peinaient à répondre à la demande.

Selon des chiffres rapportés par Richard Villeneuve de chez Comax en Montérégie, la récolte québécoise de soya pourrait surpasser de 200 000 tonnes celle de 2009. Pour le maïs, les estimations actuelles font état de 400 000 à 500 000 tonnes de plus que l’année dernière.

« Le Québec au complet est congestionné », admet M. Villeneuve. Même son de cloche chez Covilac, au Centre-du-Québec, où le temps d’attente pour livrer du grain était de trois jours en date du 3 novembre dernier. « Le soya est envoyé à l’exportation et à Bécancour », explique Éric Gratton, directeur des grains de cette coopérative. La nouvelle usine de TRT ETGO de Bécancour ne manquera sans doute pas de soya local cette année! « On a arrêté deux fois de prendre du soya », indique de son côté Serge Soucy de la meunerie Gérard Soucy de Sainte-Croix.

La question des ports

Un centre de grain qui souhaite conserver l’anonymat a indiqué que le problème proviendrait des ports qui n’accordaient pratiquement pas de numéros de livraison depuis quelques semaines. Le problème serait cependant en train de débloquer.

« Il y a beaucoup d’attente dans les ports », confirme Serge Soucy, qui parle également de formalités d’exportation plus complexes dans certains ports. « Les bateaux ont été réservés assez tôt », explique Richard Villeneuve, qui pense que le retard de récolte dans le soya a occasionné un problème de coordination avec l’arrivée des bateaux. Ces derniers ne pouvaient pas toujours attendre au port et il faut donc que les exportateurs trouvent de nouveaux cargos pour répondre à la demande. Ce phénomène expliquerait en partie la congestion actuelle dans le soya. « Il faut que ça débloque dans les ports », lance Serge Soucy, qui pense devoir entreposer du grain un peu partout en attendant. « On va louer des hangars s’il le faut », illustre-t-il.

Benoît Soucy, directeur général de Richardson, au port de Sorel, affirme qu’il n’y a pas de congestion à la livraison, mais il peut y avoir un délai de 24h ou 48h avant d’avoir un rendez-vous. Il estime cependant que la situation est pire au port de Montréal où l’attente peut atteindre 7 h à 8 h. « Nos volumes d’exportation sont similaires, mais il y a plus de réception locale de grains québécois», indique par ailleurs M. Soucy, qui évalue qu’il y aura de 15 % à 20 % de plus de grain du Québec dans le maïs et le soya exporté par Richardson cette année.

Camionnage

Toutes les personnes consultées signalent le manque de disponibilité des camions pour livrer le grain. Les nombreux travaux sur les routes seraient en partie responsables du manque de véhicules de même que le plus grand volume de grains à transporter. Selon les endroits, le prix aurait augmenté de 10 % à 100 % pour un même chargement par rapport à l’année dernière.

Maïs au champ

Deux responsables de centres de grains ont suggéré aux producteurs qui le peuvent de retarder un peu la récolte du maïs qui peut parfois se faire sur sol gelé. Ils pourraient ainsi éviter ainsi une partie de la congestion actuelle et mieux profiter des bons prix qui s’annoncent cette année.

Outre le problème actuel de logistique, la récolte 2010 est exceptionnelle, tant du point de vue de la quantité que de la qualité et des prix.