Bleuets sauvages et en corymbe, une saison aux antipodes
Pendant que les plants de bleuets en corymbe sont peinturés de bleu, les plants de bleuets sauvages sont plus dégarnis. La saison qui commence cette semaine s’annonce désastreuse avec des pertes pouvant aller jusqu’au à 60 %.
Christian Asselin de la Bleuetière Asselin à Lanoraie a eu chaud. La très belle saison estivale que nous connaissons actuellement a fait devancer sa récolte de bleuets en corymbe de plus d’une semaine. Les plants avaient beau être gorgés de beaux fruits, les cueilleurs, eux, se faisaient attendre. À la suite d’un article dans un hebdomadaire régional, ceux-ci se sont finalement pointés au grand plaisir de M. Asselin, qui a pu enfin lancer un soupir de soulagement.
« Avec les grosses chaleurs, 50 % de nos bleuets ont mûri en même temps, mais les gens n’étaient pas au courant que la saison était commencée. Il était temps que les cueilleurs arrivent parce que je ne savais plus quoi faire, mes bleuets tombaient des plants. J’en ai perdu c’est sûr, mais là tout rentre dans l’ordre », mentionne M. Asselin, dont 40 % de la récolte est effectuée lors de l’autocueillette. En Mauricie, Daniel Lavallée se considère de son côté très chanceux. Dès le début de la saison, les gens étaient au rendez-vous. « J’ai une framboisière, donc le message a passé en cours de route quand est venu le temps des bleuets », mentionne le producteur. Pour M. Lavallée, il s’agit de sa meilleure année en trois ans. Les fruits sont présents en quantité et en qualité, mais la saison qui commence normalement à cette période de l’année s’achève déjà. « D’habitude, je commence ces jours-ci (vers le 3 août) et ça va jusqu’au mois de septembre », mentionne M. Lavallée, qui exploite 25 000 plants de bleuets à Yamachiche.
Être mieux organisé
Pour certains producteurs qui vendent au Marché central, la venue des cueilleurs est une bénédiction, car ils ont plus de difficulté à vendre leurs produits cette année à cet endroit en raison de la présence de moins d’acheteurs, mais aussi de l’abondance de bleuets sur le marché. Loin de faire un reproche à l’acheteur, Lise Lapointe, présidente de l’Association des producteurs de bleuets de la Vallée-du-Haut-Saint-Laurent, croit que c’est aux producteurs à mieux s’organiser dans la mise en marché. « C’est une situation complexe, mais on sait qu’il y a des bleuets de la Colombie-Britannique. C’est difficile de chialer quand c’est dans le même pays, c’est ça le capitalisme. C’est à nous à mieux s’organiser. On est en train de regarder s’il ne serait pas possible de mettre en place une coopérative de distribution et d’emballage. »
Une situation difficile au Saguenay-Lac-Saint-Jean
Pendant que les plants de bleuets en corymbe sont peinturés de bleu, les plants de bleuets sauvages sont plus dégarnis. La saison qui commence cette semaine s’annonce désastreuse avec des pertes pouvant aller jusqu’au à 60 %. Cette situation est due aux périodes de gel qui sont survenues entre le 31 mai et le 15 juin. Par la suite, la sécheresse a terminé le travail. « Ceux qui ont un système d’irrigation s’en sortent, mais cela ne représente que 5 % des producteurs », mentionne Marc Larouche, président du Syndicat des producteurs de bleuets du Québec qui compte 260 membres. La faible récolte qui s’annonce a fait augmenter les prix à 0,50 $ la livre comparativement à 0,35 $ la livre l’année dernière, mais cette hausse ne comblera toutefois pas les pertes que subiront les producteurs en raison des faibles volumes prévus qui devraient se situer de 25 à 30 millions de livres comparativement à 70 millions pour une saison régulière. « À 0,50 $, cela couvre à peine nos frais d’exploitation. Les producteurs n’auront d’autre choix que de se tourner vers l’assurance-récolte. » Le prix de départ pour la cueillette en forêt à lui aussi augmenté, passant de 0,50 $ à 0,75 $ la livre. Malgré la baisse des volumes, M. Larouche ne croit pas que cette situation leur fera perdre de la part de marché et il soutient que les acheteurs se tourneront cette année plutôt vers les Maritimes pour combler leurs besoins, mais qu’ils reviendront l’an prochain.



