Adapter la culture des grains bio dans les Hautes-Laurentides
La Terre de chez nous s'est rendue dans les Hautes-Laurentides pour une série de reportages à teneur agricole. De Mont-Laurier à Maniwaki vous en apprendrez un peu plus sur la culture des grains biologiques, la Laiterie des Trois-Vallées et la Ferme de la Rose des Vents. Bonne lecture.
Cultiver des grains bio pour l’alimentation humaine, trouver des partenaires pour les transformer et développer un marché qui peut absorber la production, voici quelques objectifs du laboratoire rural mis en place depuis deux ans dans la région de Mont-Laurier. Ce projet innovateur, financé par le MAMROT (ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire), s’échelonnera jusqu’en 2013. Huit producteurs en font partie (ils étaient douze au départ). Les superficies en culture dépassent les 500 ha cette année et l’objectif est de 2000 ha à la fin du projet.
Simon Duval-Matte, agent de développement économique - secteur agricole - et coordonnateur du projet, explique que le laboratoire rural vise à diversifier les productions agricoles de la région et à développer une expertise administrative et une plus grande autonomie des producteurs impliqués. Avant de lancer le laboratoire rural, on avait évalué les besoins de développement avec les jeunes de la relève, le MAPAQ et le CLD. Solidarité rurale est aussi impliquée dans le projet. Il est ressorti de ces consultations un mandat de diversifier l’économie de la région, et les grains bio pour alimentation humaine ont été retenus. Les producteurs qui voulaient se qualifier et faire partie du projet devaient être des innovateurs dans leur milieu et être prêts à essayer de nouvelles cultures à valeur ajoutée.
Pour la première année en 2009, on a réalisé des essais avec l’avoine, le blé, le sarrasin et l’épeautre. Cette année, on a ajouté le soya et le blé d’automne.
Dans le blé, les essais de 2009 ont porté sur le type de semis, en ligne ou en croisé, et sur le taux d’implantation du trèfle blanc en intercalaire en vue de contrôler les mauvaises herbes. Le semis croisé a donné de bons résultats. Le taux de semis du trèfle a une influence directe sur les mauvaises herbes annuelles. Pour ce qui est de l’avoine, on a fait des essais sur le désherbage en pré et en postlevée. Ce dernier traitement a été le plus efficace. Le meilleur résultat a cependant été obtenu avec le faux semis. Pour le sarrasin et l’épeautre, on a seulement observé le taux de semis sur le pourcentage de mauvaises herbes. Les résultats ne sont pas concluants de ce côté. La technique de semis de l’épeautre est aussi à revoir pour s’assurer d’une bonne implantation avant l’hiver.
Essais 2010
Pour cette deuxième année du laboratoire rural sur les grains bio, Cassandre Hervieu-Gaudreau, bachelière en agronomie, supervise les essais chez les producteurs. Chacun la recevra à cinq reprises pendant la saison de culture. Comme il s’agit de pratiques nouvelles, ses conseils sont donc précieux. « En culture bio, il faut être très attentif à ce qui se passe dans le champ et apprendre à travailler au jour le jour. Faire de la prévention et passer la picoteuse au bon moment, c’est essentiel si on veut avoir de bons résultats », explique-t-elle. À partir de quadrats, elle évalue au mètre carré le nombre de plants de chacune des cultures par rapport au pourcentage de mauvaises herbes et cela pour chacun des traitements (faux semis, pré et postlevée). C’est ce qui permettra, après quelques années, de recommander les pratiques culturales les plus appropriés pour la région.
Chez Christian Forget, producteur de bœufs et de grains à Ferme-Neuve, rencontré le 27 mai dernier, on avait expérimenté cette année le semis à trois pouces et demi entre les rangs et cela avec deux semoirs décalés l’un derrière l’autre. Le producteur se montre assez optimiste par rapport à ses cultures bio. Il y voit une alternative par rapport au bœuf, pas très rentable depuis quelques années. Il apprécie aussi le travail en groupe. D’ailleurs, le laboratoire rural partage de la machinerie avec la CUMA (Coopérative d’utilisateurs de machineries agricoles) pour le conditionnement des grains, le rouleau Brillon et le séchoir à grains. Toutes les récoltes sont nettoyées avec un crible mobile qui circule d’une ferme à l’autre. Le groupe produit sa propre semence, ce qui favorise une plus grande autonomie.
Marché à développer
La production de l’an dernier a été vendue à des grossistes. « On veut privilégier les circuits courts et éviter les intermédiaires inutiles », précise Simon Duval-Matte. Certaines céréales sont écoulées auprès de la Milanaise, une entreprise de l’Estrie spécialisée en grains bio. On négocie avec Pro-Grain de Saint-Césaire en vue de vendre le soya bio au Japon. Pour l’avoine, on a approché la compagnie Quaker. Les membres du laboratoire rural se rencontrent chaque mois pour s’ajuster aux situations qui se présentent et coordonner les activités à venir. La démarche de mise en commun de leurs expériences s’apparente à ce qui se fait avec succès depuis environ 30 ans dans les syndicats de gestion. Ils ont aussi fait quelques voyages d’exploration pour voir ce que l’on fait avec les grains bio ailleurs. Ils envisagent de faire d’autres visites du genre. Ils souhaiteraient en arriver un jour à la situation que l’on rencontre dans le lait bio au Québec, soit développer un marché et obtenir une prime pour compenser les coûts de leur production de grains bio.
Arriver à vivre en partie de leur production, redonner vie à leur village, c’est le rêve que plusieurs caressent. Plutôt que de répéter les mêmes essais dans chaque région du Québec, ces producteurs des Hautes-Laurentides partagent leurs informations avec l’ensemble des producteurs de grandes cultures bio, comme c’était le cas lors des Journées horticoles des Laurentides, organisées par le MAPAQ à Saint-Eustache en janvier 2010, et par une autre rencontre des agents de développement ruraux à Tadoussac en mai dernier.




