Nourrir la ville en ville
L’agriculture en pleine ville ou tout près, oui c’est possible et de nombreuses initiatives sont menées en ce sens.
Ghalia Chahine, coordonnatrice de la Coalition pour l’avancement de l’agriculture urbaine et périurbaine, souligne que l’idée d’un tel évènement est venue des membres de cette organisation, qui regroupe des professionnels d’une vingtaine d’organismes, dont entre autres la Conférence régionale des élus (CRÉ) de Montréal, le MAPAQ, l’UPA, l’Université de Montréal et McGill. « Il y a plein de monde qui s’intéresse à ’agriculture et pas uniquement des producteurs. L’idée de ce colloque était de leur donner la possibilité d’échanger et de connaître les projets qui ont cours en ce moment et ceux qui vont se réaliser dans un proche avenir dans les milieux urbains et périurbains. »
Plus de dix initiatives ont donc été mises en valeur au cours de cette journée, certaines déjà réalisées et d’autres sont en voie de l’être. Parmi les bons coups présentés, il y a celui des marchés saisonniers montréalais. Ce sont dans les secteurs les plus isolés au plan géographique et social ou économique de Montréal que se tiennent, tout au cours de l’été, ces lieux de vente de fruits et de légumes. Josée Belleau, gente de développement à la CRÉ Montréal, a dressé un portrait de la situation. « Depuis 2005, il y a eu 20 nouveaux marchés sur l’île de Montréal. Ils s’installent dans les cours des écoles, les parcs et autres lieux publics. La population désire ce genre de nouveaux marchés qui sont une occasion de rencontre et d’affaires, mais il n’est pas toujours facile de recruter des fournisseurs. »
Des jardins sur les toits
Changer le béton en vert, telle est l’idée non utopiste d’Ismaël Hautecoeur, agent de projet pour Des jardins sur les toits. Depuis 2003, ce projet récupère les espaces inutilisés que constituent les toits des immeubles pour les transformer en de magnifiques jardins maraîchers. De prime abord, l’idée semble facile à réaliser, mais elle est loin d’être aussi simple puisque encore faut-il convaincre les institutions, ce qui s’avère parfois très ardu, surtout quand on a affaire à des institutions publiques soumises à la bureaucratie. Malgré tout, l’Université du Québec à Montréal et l’Université McGill, l’ITHQ, l’École nationale d’administration publique (ENAP) sont des exemples qui ont subi une cure verte.
Hortithérapie
Parlant de jardins saviez-vous qu’il y a une différence entre un jardin collectif et un jardin communautaire? Denis Rousseau, du Regroupement Des jardins collectifs du Québec et directeur de La Croisée de Longueuil, a expliqué qu’un jardin collectif se fait sur un seul et même terrain et qu’à la fin de la saison, les participants se partagent les fruits de la récolte. Mis en place il y a 12 ans, le projet La Croisée permet aux participants de cultiver ensemble près de 80 variétés de légumes différentes.
Mais au-delà de donner la possibilité à des gens de mieux se nourrir, M. Rousseau souligne que le jardinage est une forme de thérapie qui augmente leur estime. « Le jardinage, ça rend les gens heureux de vivre. Ils plantent des semences et voient au bout du compte des résultats concrets. Ils sont heureux parce qu’ils arrivent à créer quelque chose. J’ai des exemples de participants qui ont réduit de 50 % leur médicament pour la dépression, j’appelle cela de l’hortithérapie. » Un autre exemple d’agriculture comme outil d’intégration est le projet D-3Pierres, loin de vouloir transformer les participants en futurs agriculteurs, cette initiative a plutôt comme objectif de remettre sur les rails des jeunes de 18 à 35 ans tant du côté de leur vie personnelle que du côté de leur vie professionnelle.
Mieux connu, le jardin communautaire s’établi sur des terrains de grandeurs variées. L’emplacement est divisé en parcelles et celles-ci sont cultivées par des familles ou des gens seuls. Depuis 1986, sur l’île de Montréal, il existe un programme des jardins communautaires qui regroupe près de 9800 parcelles de terrains cultivées par près de 12 à 15 000 personnes. Même si les données sur les gens qui pratiquent ce loisir sont minces, une chose est certaine, il est très utile pour créer des liens entre les gens d’un même quartier et certains nouveaux arrivants parviennent à apprendre le français grâce aux rencontres qu’ils font dans ces lieux.
Soutenu par la Ville, mais géré de façon autonome, ce programme demeure fragile dans plusieurs quartiers, les gens qui sont responsables de la gérance de ces bouts de terre sont fatigués. La relève n’est pas toujours au rendez-vous et sans elle, les jardins seront éventuellement remplacés par du béton.
Serres au Dos blanc
Sanou Issiaka, chargé de projet Quartier- 21, a profité de l’évènement pour présenter une idée qui risque de changer passablement le paysage de l’arrondissement Saint-Laurent. Intitulé les Serres au Dos blanc, ce projet vise à bâtir une serre de 1.8 hectare sur un terrain donné par le cégep St-Laurent. Ensuite, il permettra de faire travailler des gens du secteur. Les serres serviraient à cultiver des tomates, de la laitue et un coin pisciculture y serait aménagé. En ce moment, une coopérative a été fondée pour soutenir cette initiative, mais le montage financier n’est pas encore complété.




