Mario Bélanger, président des producteurs des races patrimoniales
Le frère Wilfrid, un trappiste de la région d’Oka, avait développé la race.
Le Dr Fred Silversides d’Agriculture et Agroalimentaire Canada
Tel que publié dans La Terre de chez nous

Le défi des races patrimoniales

Les produits du terroir et les produits locaux ont eu la cote dernièrement. Le regroupement des dix producteurs de poules Chantecler espère que cet engouement motivera les gens à payer plus pour un produit d’appellation contrôlée afin que son projet soit viable commercialement.

18 novembre 2010
par Suzanne Deutsch - Alimentation

Mario Bélanger, président des producteurs des races patrimoniales

Le cahier des charges sera très rigoureux pour s’assurer que le produit soit bien distinct, explique Mario Bélanger, président de la Fédération des producteurs des races patrimoniales du Québec (FPRPQ). Le créneau visé est celui des « nappes blanches » et la Fédération espère offrir sous peu quelques poulets à des chefs de grande renommée pour procéder au lancement du produit.

M. Bélanger prévoyait en cuire un ce soir, question de vérifier si le goût correspond à ses attentes. « Je ne veux pas précipiter le processus, dit-il. Je suis bien conscient que je n’aurai pas une deuxième chance de faire une bonne première impression. »

Passer d’une production artisanale à une production commerciale – sans toutefois être à grande échelle, comme celle de l’industrie –, comporte plusieurs défis. « La courbe d’apprentissage a été grande lorsque nous sommes passés d’un incubateur de 42 oeufs à un qui en contenait 720; imaginez ce que ce sera avec celui de 3200 oeufs! » explique M. Bélanger.

La mise en place de cette production non conventionnelle est d’autant plus complexe étant donné que l’on a demandé aux producteurs de se conformer aux normes de l’industrie dès le départ, bien que la race soit retournée plus ou moins à l’état naturel depuis que les éleveurs l’ont délaissée pour des hybrides plus performants. Peu de sélections ont été faites depuis les 50 dernières années et les producteurs éprouvent des difficultés à atteindre l’objectif d’uniformiser les troupeaux à 200 œufs par poule, bien que le standard de la race soit de 225 oeufs par poule.

M. Bélanger estime qu’il faudra près de trois ans – six générations – pour retrouver le niveau de performance qu’obtenait le frère Wilfrid Châtelain au début du siècle passé.

Appui des fédérations

Les fédérations de plumes appuient l’initiative de sauver la Chantecler, qui est en voie d’extinction. L’entente signée avec la FPRPQ en septembre 2009 leur octroie un droit de produire exceptionnel qui représente une valeur de production brute d’environ 3 M$.

Selon Martin Dufresne, président des Éleveurs de volailles du Québec, la poule Chantecler est une race à deux fins qui profite beaucoup plus lentement que les hybrides de l’industrie. Aussi, elle n’est pas élevée dans les mêmes conditions que les variétés commerciales. Son taux de conversion alimentaire est de 4 :1 alors que celui des variétés hybrides varie entre 1,5 et 2 :1. Il faut presque deux fois plus de temps pour qu’un poulet Chantecler atteigne sa maturité. « Ils auraient été incapables de démarrer si on ne leur avait pas donné ce coup de pouce », dit-il.

De plus, il faut voir la Chantecler comme une police d’assurance pour l’avenir de l’industrie. Le Dr Fred Silversides d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, l’expert qui a déterminé le niveau de population requis pour sauver la Chantecler, explique l’importance de sauvegarder la diversité génétique. Certains gènes de la Chantecler pourraient éventuellement sauver les races hybrides aux prises avec des problèmes reliés aux changements climatiques ou à des maladies.

Nos publications

Déjà abonné? Accédez au journal électronique