Le gouvernement du Québec franchit une étape supplémentaire dans son plan de réduire significativement l’utilisation de certains pesticides. Photo : Martin Ménard/TCN

Le gouvernement du Québec franchit une étape supplémentaire dans son plan de réduire significativement l’utilisation de certains pesticides. Photo : Martin Ménard/TCN

Québec dépose son projet de règlement contre certains pesticides

Le gouvernement du Québec publie officiellement aujourd’hui les grandes lignes de son projet de règlement interdisant l’utilisation de l’atrazine, du chlorpyrifos et de trois néonicotinoïdes (la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame), sauf si leur usage est justifié au préalable par un agronome.

Le milieu agricole connaîtra dès le 19 juillet prochain tous les détails de cette modification réglementaire et aura 45 jours pour émettre ses commentaires. Les premières informations livrées aujourd’hui par Québec précisent cependant que le projet de règlement comprend aussi l’ajout de nouvelles obligations concernant l’utilisation et la vente des pesticides. Le règlement précisera aussi les distances d’éloignement devant être respectées lors de l’application de pesticides.

Rappelons que le gouvernement est en retard de plus d’un an sur son échéancier initial. Au moment de l’annonce de la Stratégie québécoise sur les pesticides 2015-2018, en novembre 2015, il était prévu que ce projet de modification réglementaire soit déposé dès l’hiver 2016.

Déception

Le président des Producteurs de grains du Québec se dit choqué et déçu de cette annonce. « Le gouvernement met en place une réglementation, mais même après plus de 14 mois de retard, il ne présente aucun document évaluant l’impact de cette réglementation sur la productivité et la profitabilité des entreprises ni sur la qualité des récoltes », dénonce Christian Overbeek. Il ajoute du même souffle : « D’aucune façon il ne nous a consultés et personne ne sait s’il y aura assez d’effectifs sur le terrain pour permettre d’appliquer cette réglementation. » Les informations dont il dispose lui laissent sérieusement douter que les outils de référence permettant de justifier l’utilisation de ces pesticides soient complétés et éprouvés.

45 jours pour commenter

Le dépôt de ce projet de modification réglementaire signifie que le règlement n’est pas encore adopté. La population a 45 jours, soit du 19 juillet au 1er septembre, pour émettre des commentaires sur le projet. À la suite de la consultation publique, le règlement pourrait être adopté tel quel ou modifié. Le cas échéant, la mesure obligeant les agriculteurs à obtenir l’accord d’un agronome avant d’employer les pesticides mentionnés entrerait en vigueur progressivement sur deux ans.

Un investissement de 14 M$ sur cinq ans est également prévu par le gouvernement pour aider les agriculteurs à mieux s’adapter aux nouvelles mesures et réduire concrètement les risques liés à l’utilisation des pesticides. Cette aide fait sourire Christian Overbeek. « On cultive 1 million d’hectares. Ça fait 2 $ l’hectare par année… Est-ce avec ça qu’on va compétitionner les producteurs des autres pays qui ne sont pas soumis à une telle réglementation? » se demande-t-il.  

Ce n’est qu’un début

En encadrant plus sévèrement l’utilisation des néonicotinoïdes, le gouvernement québécois désire empêcher leur utilisation systématique afin de réduire les risques qu’ils présentent pour l’environnement et les pollinisateurs.

Dans son communiqué, le gouvernement affirme qu’une deuxième phase de modification réglementaire est prévue. Elle visera à améliorer le respect de la Loi sur les pesticides et interdira les insecticides de la famille des pyréthrinoïdes.