Nathalie Lemieux (à gauche) a vu un fonds d’investissement lui ravir une parcelle de terre.

Nathalie Lemieux (à gauche) a vu un fonds d’investissement lui ravir une parcelle de terre.

« On s’est fait voler notre vision »

QUÉBEC — Maxime et Alexandre Bégin ont fait 22 heures de route pour lancer un cri du cœur aux parlementaires. Sous leur nez, un important groupe agricole leur a subtilisé l’une des plus belles terres de l’Abitibi.

« On s’est fait voler notre vision. Nous, on voulait inspirer notre région », ont-ils confié aux parlementaires qui se penchent sur la question de l’accaparement des terres au Québec. Ce matin, en ouverture de la Commission parlementaire, les représentants de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de l’Abitibi-Témiscamingue, du Bas-Saint-Laurent et du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont livré des témoignages touchants et empreints d’inquiétude.

« J’ai laissé 1 M$ sur la table pour établir des jeunes », a pour sa part révélé Guy Lapointe, un ex-agriculteur de Saint-André de Kamouraska. Représentant de la 4e génération de Lapointe dans cette ferme du Bas-Saint-Laurent, il a expliqué qu’il avait volontairement réduit son prix de vente afin de favoriser l’établissement d’une relève non apparentée.

Nathalie Lemieux, fille du 1er vice-président de l’UPA, Pierre Lemieux, a également vu un fonds d’investissement lui ravir une parcelle de terre. Elle confirme que l’arrivée de ces groupes au Bas-Saint-Laurent a entraîné une hausse des valeurs des terres de 60 %.

« C’est une fierté pour nous d’être agriculteurs et on veut prouver qu’on est efficaces », a-t-elle déclaré.

Michèle Lalancette, présidente de la relève au Saguenay–Lac-Saint-Jean, a aussi été devancée in extremis. Elle indique que le prix des terres dans son secteur a quadruplé depuis les premiers achats de Pangea.

« Si rien n’est fait, ça va mener à la déstructuration des régions, c’est clair. Chez nous, l’autobus scolaire est rendu à 10 pieds », a-t-elle prévenu. Elle faisait référence aux propos du président de la Fédération de l’UPA d’Abitibi-Témiscamingue, Sylvain Vachon. Pour illustrer les effets du déclin de l’agriculture dans sa région, celui-ci a noté que l’autobus scolaire de 40 pieds n’a plus que 20 pieds aujourd’hui.