Crédit photo: Martin Ménard/Archives TCN

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Exaspérée, la directrice du CARTV démissionne

Exaspérée par les méandres de la fonction publique et par les décisions politiques inefficaces, la directrice du Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV) démissionne.

La Terre a appris la nouvelle de cette démission de Mme. Anne-Marie Granger Godbout au lendemain de la publication d’un dossier qui présentait la déception des producteurs impliqués dans le système des appellations réservées et le manque d’appui du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). L’ex-directrice a révélé avoir annoncé sa démission au ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard.

« Ce n’est pas compliqué, le CARTV est la priorité no 658 du MAPAQ. Quand j’appelais les gens du ministère, personne ne me répondait et on ne me rappelait pas. Idem pour les courriels. C’est clair que les appellations, ce n’est pas important pour eux », explique Mme Granger Godbout. Elle qualifie même le MAPAQ d’organisme « sclérosé ».

Les payes sur la marge de crédit

Le CARTV est un organisme parapublic qui a été créé par le gouvernement québécois. Sa mission consiste à mettre en place des appellations et à assurer leur protection en vertu de la réglementation provinciale. Cet organisme est financé et géré par le MAPAQ. Or, les dirigeants du ministère, sous l’autorité de l’ex-ministre Paradis, ont non seulement ignoré le CARTV, mais ils l’ont littéralement empêché d’avancer, analyse Mme Granger Godbout, notamment en le sous-finançant.

« C’est le même montant de financement depuis 10 ans, sauf que nous avons plus d’appellations à gérer. La paye de cette semaine des employées ne passait pas [dans le compte]. Ce n’est pas la première fois que nous les rémunérons avec la marge de crédit. Dans la dernière année, nous avons même “accoté” les cartes de crédit pour pouvoir fonctionner », illustre-t-elle.

Le plan de match initial prévoyait que le CARTV s’autofinancerait en partie par les pénalités et les contraventions remises aux entreprises qui usurpent les appellations, par exemple un commerçant qui vend des produits biologiques qui, en vérité, ne le sont pas. « Mais récemment, quand nous avons appliqué la loi, des gens au MAPAQ nous on dit qu’on faisait trop de vagues, qu’on n’était pas gentils et que la loi sur les appellations ne devait pas être coercitive! »

Autre source de frustration pour Mme Granger Godbout : le CARTV n’était plus le bienvenu au MAPAQ pour consulter ou utiliser les ressources du ministère, comme le service juridique et l’équipe des communications. « Il n’y avait aucune collaboration de leur part depuis trois ans. Rien. Par moments, on doublait même le travail chacun de notre côté. C’était carrément inefficace. Je me disais : “Pouvons-nous au moins nous parler?” », commente l’ex-directrice.

Le départ de Pierre Paradis à la tête du MAPAQ lui a redonné un regain d’espoir, mais sans plus. « Je n’ai pas trop dormi dernièrement. Je me demandais si j’étais pour rester. Mais non, c’est assez. Il faut chaque fois se rendre à bout pour obtenir quelque chose du MAPAQ. Même mon poste était en suspens depuis 15 mois. Je crois aux appellations, mais je passe à autre chose », conclut Anne-Marie Granger Godbout.

L’ex-directive part en laissant une série de recommandations au ministre Lessard, lui conseillant notamment de mettre « le bon monde au bon endroit et de faire en sorte que le CARTV relève directement du secrétariat général du ministère ».

La CAQ se désole

Informé de l’intention de Mme Granger Godbout de quitter la direction des appellations, le porte-parole de la Coalition Avenir Québec en matière d’agriculture, Donald Martel, se désole du manque de soutien du gouvernement libéral. « Les appellations, c’est un outil de développement pour les régions qui peut entraîner des retombées économiques intéressantes. Au lieu de financer des grandes messes comme celle de vendredi dernier [Sommet sur l’alimentation], le ministre Lessard devrait régler des dossiers urgents comme celui des appellations », réclame-t-il.

Au moment de mettre sous presse, le ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard, n’avait pas rappelé la Terre.

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