Crédit photo : Archives/TCN

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Le MAPAQ ébranle les vignerons

Sans avertissement, Québec a mis fin à un programme de soutien au développement des vignobles. Depuis 2013, ces derniers recevaient jusqu’à 2 $ par bouteille plus 18 % de la valeur des ventes de vin certifié à la SAQ.

Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a aussi limité rétroactivement le plafond par entreprise dans le cadre d’une nouvelle mouture du programme qui a été en vigueur du 29 mars 2015 au 12 septembre 2015 seulement.

« Un montant d’un peu plus de 1 M $ a été distribué avant Noël. Le gouvernement est en révision des finances publiques et chaque dépense est scrutée à la loupe. Le gouvernement n’a pas dit qu’il n’y aurait plus d’aides versées. Le projet de loi 88 a été déposé en décembre. Il facilitera, entre autres, la commercialisation des alcools du terroir », a commenté les communications du MAPAQ,  en réponses aux questions de la Terre sur la suite prévue pour le soutien aux vignerons.

Préjudice

Le nouveau plafond est établi à 100 000 $ comparativement à 300 000 $ par année auparavant, ce qui n’est pas bien reçu par les vignerons. « Le MAPAQ dit qu’il n’a pas d’argent », ajoute Yvan Quirion, président de l’Association des vignerons du Québec (AVQ).

Pourtant, le ministre des Finances, Carlos Leitao, s’était engagé devant l’Assemblée nationale, le 19 novembre dernier, à expédier les chèques des vignerons « avant Noël ». Il n’était pas question alors d’une date de fin ou d’un nouveau plafond. « On n’a plus de programme depuis le 12 septembre. On l’a appris le 21 décembre », explique Yvan Quirion, qui déplore que son association n’ait jamais été consultée par le ministre Pierre Paradis sur ces changements.

Le vigneron Daniel Lalande, du Vignoble de la Rivière du Chêne, a donc expédié une lettre au Protecteur du citoyen du Québec, dont la Terre a obtenu copie, pour demander réparation du « préjudice » de 200 000 $ pour son entreprise, causé par ces modifications en cours de programme. Ce vignoble avait misé sur la SAQ plutôt que sur les restaurateurs ou sur l’exportation en pensant que le programme était en place comme prévu. Les décisions de production pour 2016, basées sur les vendanges de 2015, ont également été prises en tenant compte des volumes que la SAQ pouvait probablement écouler et en considérant que des revenus seraient générés par le programme pour ces volumes.

« Si le gouvernement avait une stratégie pour nous mettre en faillite, ça ne serait pas mieux », lance Yvan Quirion, furieux. Ce dernier se demande si la recommandation de la commission Robillard de libéraliser le marché des alcools est reliée à la fin du programme d’appui à la commercialisation dans les magasins de la société d’État. « C’est quoi la décision du gouvernement pour notre industrie? » cherche à savoir Yvan Quirion, qui souhaite rencontrer les ministres concernés (Leitao et Paradis) de même que le premier ministre Couillard afin de tirer cette question au clair.

Selon des pourparlers entre l’AVQ et le bureau du premier ministre, rapportés par Yvan Quirion, la vente directe en épicerie et un programme d’appui à la mise en marché constituaient les deux piliers pour assurer le développement de la viticulture au Québec. Le premier est en bonne voie de se réaliser (projet de loi 88), mais le second pilier semble compromis pour le moment.