Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC, a admis la déception de plusieurs pays membres en raison du peu de progrès accompli à Buenos Aires, en Argentine. Crédit photo : OMC

Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC, a admis la déception de plusieurs pays membres en raison du peu de progrès accompli à Buenos Aires, en Argentine. Crédit photo : OMC

Blocage américain à l’OMC

Malgré la tenue de la 11e conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Buenos Aires du 10 au 13 décembre, aucune avancée importante n’a été réalisée. Les États-Unis ont contribué au blocage.

« L’administration Reagan et Bush voulait la créer [l’OMC]. Les administrations Clinton, Bush et Obama ont tenté de la renforcer. Nous avons maintenant une administration vraiment sceptique face à ça, et certains diraient qu’elle tente de la saper », a déclaré au New York Times Douglas Irwin, professeur d’économie au Collège Darmouth.

Même avant le début de cette importante conférence regroupant 164 pays, les États-Unis avaient fait de l’obstruction en s’opposant à un projet de déclaration commune plus substantiel. Le gouvernement de Donald Trump bloque par ailleurs le processus de nomination des juges au tribunal de l’OMC, ce qui pourrait bientôt le paralyser. Selon cinq pays européens, la réforme fiscale américaine qui se prépare pourrait même contrevenir à certaines règles de l’OMC. Le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer, a par ailleurs décidé de partir la veille du dernier jour de la conférence ministérielle.

Il n’y a eu aucune entente sur les sujets agricoles, même si plusieurs pays voulaient clarifier la question des stocks publics d’aliments à des fins de sécurité alimentaire.

Finalement, les membres de l’OMC ont pris l’engagement de parvenir à un accord sur les subventions à la pêche d’ici 2019. Ils sont également d’accord pour continuer à travailler sur les droits de douane sur le commerce électronique.

Un président contre le multilatéralisme

Les gestes américains à l’OMC reflètent une tendance générale de l’administration Trump envers le commerce bilatéral et contre le multilatéralisme.

Selon un spécialiste québécois du libre-échange, Richard Ouellet, le Canada pourrait d’ailleurs devoir composer sans l’ALENA à trois pays, mais devrait continuer de pouvoir compter sur un libre-échange bilatéral avec les États-Unis.

Richard Ouellet, professeur en droit de l’Université Laval et consultant pour le gouvernement du Québec dans le cadre de la renégociation actuelle, prédit : « L’ALENA à trois ne survivra pas, mais je pense que le libre-échange Canada–États-Unis va continuer. » Richard Ouellet s’exprimait dans un déjeuner-conférence auprès de l’Association des communicateurs et rédacteurs de l’agroalimentaire (ACRA) le 6 décembre, une activité organisée en marge du Congrès de l’Union des producteurs agricoles (UPA).

« Trump est un bilatéraliste plus qu’un multilatéraliste », a expliqué de son côté John Parisella, qui a notamment été chef de cabinet de Robert Bourassa et délégué du Québec à New York, dans une conférence devant le Congrès de l’UPA, le 6 décembre.

Le professeur Ouellet souligne que Donald Trump est un partisan des négociations bilatérales, comme il l’a exposé dans son livre sur le secteur immobilier, qu’il connaît bien. Le fait que Trump se retire du Partenariat transpacifique, une entente à 12 pays, dès son arrivée illustre cette tendance. Richard Ouellet fait aussi remarquer que les hommes clés de Trump pour le commerce international (Robert Lighthizer et Wilbur Ross) « ne croient pas au libre-échange » et pensent que les États-Unis sont un grand marché dont les autres pays « abusent ».