Les producteurs de bleuets veulent payer moins pour la location de ruches. Les apiculteurs pourraient réagir en envoyant des ruches faibles; « le même bordel qu’avant », dit Léo Buteau, président de la Fédération des apiculteurs du Québec. Crédit Photo : Martin Ménard/TCN

Les producteurs de bleuets veulent payer moins pour la location de ruches. Les apiculteurs pourraient réagir en envoyant des ruches faibles; « le même bordel qu’avant », dit Léo Buteau, président de la Fédération des apiculteurs du Québec. Crédit Photo : Martin Ménard/TCN

Apiculteurs et producteurs de bleuets à couteaux tirés

Le Syndicat des producteurs de bleuets du Québec (SPBQ) et la Fédération des apiculteurs du Québec (FAQ) se tournent le dos. Au cœur du litige, le prix de location des ruches nécessaires à la pollinisation des bleuetières.

Les deux organisations s’étaient pourtant entendues sur un tarif de location à 150 $ la ruche. Mais voilà que la baisse de prix des bleuets incite les producteurs à donner moins pour la location de ruches, soit 120 $. Les apiculteurs grognent et la Fédération recommande à ses membres de maintenir le tarif de 150 $.

Les producteurs de bleuets sauvages ont cependant une carte dans leur manche : l’opportunité de louer des ruches provenant de l’Ontario à 120 $.

Or, plusieurs ruches ontariennes sont parasitées par le petit coléoptère de la ruche. Le Québec est toujours considéré comme exempt de cet insecte ravageur.

Sans surprise, les apiculteurs québécois n’apprécient pas la venue d’abeilles ontariennes, même si des protocoles d’inspection du ravageur ont été mis en place par le ministère de l’Agriculture.

« Ce qui risque d’arriver, c’est que des apiculteurs québécois baissent leur prix de location, mais qu’ils envoient des ruches comportant 5-6 cadres remplis d’abeilles comparativement à plus de 11 présentement. Des ruches plus faibles en effectif diminuent le taux de pollinisation, ce qui engendre moins de bleuets », explique Léo Buteau, président de la FAQ. L’insatisfaction causée de part et d’autre par la baisse des prix de location et par la livraison de ruches moins peuplées feront renaître les tensions du passé. « Ça va revenir au même bordel qu’avant [entre apiculteurs et producteurs de bleuets] », résume M. Buteau.

« J’espère que mes fleurs gèleront »

À Albanel, le producteur de bleuets Ghislain St-Pierre souligne que le coût de production de sa bleuetière se situe entre 0,28 $ et 0,30 $ la livre. Or, le prix offert pour la récolte 2016 atteindra pratiquement le même montant avec 0,30 $/lb. Une situation qui le rend perplexe. « Des transformateurs parlent même d’un prix de 0,20 $/lb pour notre prochaine récolte. À ce prix-là, on est mieux de ne pas trop investir en pollinisation et de ramasser les bleuets qui pousseront », analyse M. St-Pierre.

Le prix offert aux producteurs de bleuets décourage M. St-Pierre à tel point que « pour la première fois en 25 ans de production, je souhaite que mes fleurs gèlent le printemps prochain », lance-t-il, lui qui cultive 35 acres de bleuets sauvages au nord-est du Lac-Saint-Jean.

Ghislain St-Pierre, qui est également président du SPBQ, indique que la location de ruches représente un poste de dépenses très important pour les producteurs. Il juge donc normal que ses membres veuillent baisser leurs coûts de location de ruches. « Mais personnellement, je ne recommande pas de faire venir des ruches de l’Ontario », mentionne le président. Il se rendra le 18 février prochain à l’assemblée générale annuelle du Syndicat des apiculteurs du Québec (sans lien avec la FAQ) afin d’expliquer la situation des producteurs de bleuets et d’écouter les apiculteurs.