Crédit photo : Archives/TCN

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De plus en plus d’azote nécessaire dans nos champs de maïs

Il faudrait plus d’azote qu’avant pour atteindre la rentabilité dans le maïs. Mais parfois, la dose la plus faible donne les meilleurs rendements. C’est ce qu’ont révélé les agronomes Sylvie Thibaudeau et Gilles Tremblay lors des Journées horticoles et grandes cultures tenues en décembre dernier à Saint-Rémi et à Saint-Hyacinthe.

Saviez-vous que le maïs utilise au maximum la moitié de l’azote apporté sous forme d’engrais? « L’autre moitié de l’azote provient du sol lui-même et il est primordial d’apporter ce fertilisant en sachant le mieux possible ce que le sol peut libérer », insiste Sylvie Thibaudeau, agronome et conseillère pour le Club agroenvironnemental du bassin La Guerre, en Montérégie-Ouest.

C’est l’un des messages livrés par Mme Thibaudeau au cours de la conférence intitulée Un sol en santé permet-il de réduire les besoins en azote du maïs? qu’elle a présentée avec Gilles Tremblay, agronome chercheur au Centre de recherche sur les grains (CÉROM).

« On gaspillerait moins d’azote si on savait combien nos sols en contiennent – et en les protégeant mieux » - Gilles Tremblay, agronome

« On gaspillerait moins d’azote si on savait combien nos sols en contiennent – et en les protégeant mieux » – Gilles Tremblay, agronome

Azote en hausse et structure en baisse?

Les deux collègues ont entre autres présenté les résultats d’essais réalisés en 2014 et 2015. Ces « projets vitrines azote » évaluaient l’effet de diverses doses d’azote en post-levée dans le maïs-grain dans les fermes de 16 producteurs membres de cinq clubs-conseils de Montérégie.

Ces essais visaient d’abord à comprendre pourquoi, depuis 1997, on doit augmenter la dose d’azote pour obtenir la même rentabilité dans le maïs. En effet, on observe une augmentation de la dose économique optimale (DEO), c’est-à-dire la dose à partir de laquelle un dollar épandu en azote donne au moins un dollar en rendement supplémentaire de maïs-grain. « Chaque année depuis 1997, il faut en moyenne quatre kilos d’azote en plus pour obtenir la même hausse de rendement en maïs », relate Gilles Tremblay. C’est ce que révèlent 343 essais réalisés dans les fermes du Québec de 1997 à 2015 par le CÉROM.

Quant aux projets vitrines de 2014 et 2015, ils devaient vérifier entre autres si cette baisse apparente de la réponse du maïs à l’azote résulte de la dégradation de la stabilité structurale du sol. Par structure, on entend la forme et la grosseur des agrégats de terre dans un champ : plus un sol est grumeleux, meilleure est sa structure. L’air, l’eau, les racines et les éléments nutritifs y circulent mieux. La stabilité de ces agrégats en forme de granules ou grumeaux est donc essentielle. L’humus (matière organique brun noir, décomposée et stable) en présence d’un peu de calcium est l’un des principaux ciments de la structure d’un sol. « De plus, les champignons mycorhiziens du sol produisent une substance collante appelée glomaline qui stabilise aussi les agrégats du sol », précise M. Tremblay.

On mesure la stabilité du sol notamment par le diamètre de ses agrégats. Les projets vitrines azote ont donc comparé, dans chaque site, d’un côté le diamètre moyen des agrégats de terre et, de l’autre, la DEO d’azote. 

Écarts importants

« Les résultats n’ont pas indiqué de relation claire entre la DEO et le diamètre des agrégats, note Mme Thibaudeau. Fort probablement parce que l’assimilation de l’azote par les plantes dépend d’une foule de facteurs. »

Elle a toutefois obtenu des résultats étonnants : les trois sites qui ont donné les meilleurs rendements en maïs-grain (13 246, 15 507 et 15 715 kg/ha) étaient ceux qui avaient les DEO les plus faibles (de 33 à 65 kg d’azote à l’hectare, pour un prix du maïs à 175 $ la tonne et un coût de l’azote à 1,75 $ le kilo). À l’inverse, le plus faible rendement observé en 2014, soit 8 363 kg/ha, est celui d’un site ayant reçu la plus forte DEO, soit 240 kg d’azote/ha, pour les mêmes prix du maïs et de l’azote. « Ces résultats confirment l’importance de faire des essais dans nos fermes pour connaître les besoins en azote de nos sols », dit Mme Thibaudeau.

« Les cultures intercalaires et de couverture améliorent la structure du sol en favorisant les échanges racines-microorganismes. » - Sylvie Thibaudeau, agronome

« Les cultures intercalaires et de couverture améliorent la structure du sol en favorisant les échanges racines-microorganismes. » – Sylvie Thibaudeau, agronome

Nos sols se dégradent

L’agronome et son collègue Gilles Tremblay sont convaincus que la hausse nécessaire des doses d’azote et ces écarts importants sont dus à la dégradation des sols en général. « Il ne faut pas blâmer les agriculteurs, mais il y a de moins en moins de matière organique dans nos champs cultivés en maïs [plusieurs ont un taux d’à peine 3 %], une cause majeure de la baisse des rendements, dit M. Tremblay. Cela s’explique entre autres par la diminution des rotations, notamment avec des céréales à paille ou des plantes fourragères. » La compaction des sols est elle aussi en cause. La machinerie est de plus en plus lourde et les hybrides de pleine saison obligent à semer plus tôt et à récolter plus tard, donc en sols plus souvent humides.

« Le champ qui a donné le plus faible rendement en 2014 avait des problèmes de drainage et de maladies racinaires apparemment dus à la compaction », ajoute Mme Thibaudeau.

Que faire?

Comme remède, les deux collègues suggèrent par exemple d’adopter les cultures intercalaires et de couverture. « Nous obtenons dans nos essais de bons résultats avec le pois fourrager, la vesce commune ou la phacélie, note la conseillère. Ces cultures maximisent la présence des racines et celles-ci stimulent les insectes utiles et les microorganismes qui jouent un rôle essentiel dans la stabilité des granules de terre », explique Mme Thibaudeau.

Gilles Tremblay acquiesce aux suggestions de sa collègue et ajoute : « On devrait utiliser bien davantage les tests de nitrates pour connaître la quantité d’azote de nos sols, comme cela se fait très largement en Ontario. Et le nouveau logiciel Scan en développement par Agriculture Canada sera un excellent outil pour optimiser la dose d’azote à appliquer selon la pluviométrie, le type de sol, le précédent cultural, etc. »

 

Hubert Brochard

 

Article tiré de la revue Grains, édition juillet 2016