C’est en 2015 que Bernard Martel et Vicky Villiard ont entrepris les travaux de réhabilitation des champs de la ferme. Crédit photo : Marc-Alain Soucy

C’est en 2015 que Bernard Martel et Vicky Villiard ont entrepris les travaux de réhabilitation des champs de la ferme. Crédit photo : Marc-Alain Soucy

Une récolte de perdue, beaucoup de retrouvées!

DRUMMONDVILLE — Seriez-vous prêt à sacrifier les revenus d’une récolte de maïs ou de soya pour remettre en état les sols de vos superficies en culture?

C’est le dilemme qui s’est imposé aux producteurs de grandes cultures lorsque Vicky Villiard, agronome chez Dura-Sol Drummond inc., leur a proposé de participer à une recherche de trois ans sur la réhabilitation des sols dégradés1. La première année était consacrée au travail de réhabilitation des champs, ce qui impliquait entre autres le passage d’appareils de nivellement et de sous-soleuses, ainsi que l’utilisation d’engrais verts. Donc, pas de récolte!

« Pour nous, la décision de participer à la recherche n’a pas été difficile à prendre. Quand tu dis qu’un homme de 250 lb ne réussit pas à planter une pelle dans ton champ parce que le sol est trop compacté, c’est que tu as un gros problème », rapporte avec un brin d’ironie Bernard Martel, de la ferme Les volailles Martel inc. de Drummondville. Ce dernier est également copropriétaire de l’entreprise avicole la Ferme des voltigeurs.

L’agriculteur raconte qu’en entrant dans son champ il y a quelques années, il n’a pu avancer que de 30 pi avant que les roues de son tracteur s’enfoncent de 12 po dans la terre mouillée. « On a fait nettoyer nos drains en 2013 et on a vu une petite amélioration, mais l’année suivante, on a encore eu des problèmes de drainage de surface et des flaques d’eau. Nos rendements en maïs en 2014 ont été d’aussi peu que huit tonnes métriques à l’hectare [tm/ha]. Des mauvais rendements »,  se désole-t-il.

L’entreprise de Bernard utilise de 800 à 900 tonnes de maïs par année pour nourrir ses poulets. « Quand tu te rends compte que ça coûte plus cher de le cultiver que de l’acheter, ça ne va pas. Il faut faire quelque chose », dit-il.

La parcelle ne montre pas de traces de compaction malgré quelques passages de voitures à grains l’automne dernier. Crédit photo : Marc-Alain Soucy

La parcelle ne montre pas de traces de compaction malgré quelques passages de voitures à grains l’automne dernier. Crédit photo : Marc-Alain Soucy

Jachère

C’est en 2015 que Bernard Martel et Vicky Villiard ont entrepris les travaux de réhabilitation des champs de la ferme. La première étape a été celle des labours, qui ont été suivis d’un nivelage pour donner de bonnes pentes au terrain. On a ensuite procédé à l’application de chaux. « C’était important que les pentes soient bien formées tant sur la longueur que sur la largeur de la parcelle », insiste Mme Villiard.

Beaucoup d’attention a été apportée au sous-solage, qui ne s’est pas fait uniquement en longueur. On est parti quatre fois du tiers de la parcelle en biais pour respecter les pentes du terrain. « Nous avons semé des engrais verts à la volée juste avant le sous-solage. Ainsi, les graines ont bien pénétré dans le sol, favorisant la germination », poursuit-elle.

Une première moitié de la parcelle a été ensemencée avec un mélange de seigle et de trèfle, et l’autre moitié, en pois, en avoine et en vesce, afin de mesurer l’efficacité de chacun des mélanges sur les rendements. Donc, pas de récolte en 2015; on s’est contenté de passer l’arroseuse à l’automne pour brûler les engrais verts.

Inutile de dire qu’en 2016, l’ensemencement du maïs s’est fait dans les règles de l’art. Vicky Villiard est venue s’assurer que les sols étaient bien prêts et que la profondeur des semis de maïs était optimale.

Photo prise le 1er septembre 2015 à la jonction des parcelles. À gauche, engrais vert de trèfle rouge et de seigle (non fertilisé), et à droite, engrais vert mélangé d’avoine, de pois fourrager et de vesce (non fertilisé). Ces engrais verts ont été brûlés à l’automne. Crédit photo : Gracieuseté Vicky Villiard

Photo prise le 1er septembre 2015 à la jonction des parcelles. À gauche, engrais vert de trèfle rouge et de seigle (non fertilisé), et à droite, engrais vert mélangé d’avoine, de pois fourrager et de vesce (non fertilisé). Ces engrais verts ont été brûlés à l’automne. Crédit photo : Gracieuseté Vicky Villiard

Rendements au rendez-vous!

Résultats l’automne suivant : des rendements de 12,36 tm/ha de maïs pour la partie de la parcelle où on avait utilisé le seigle et le trèfle comme engrais verts et de 12,57 tm/ha pour celle où on avait semé un mélange de pois, d’avoine et de vesce. Toute une amélioration par rapport aux 8 tm/ha de 2014! « Là, ça avait bien de l’allure, se réjouit Bernard Martel. Une fois toutes les dépenses faites, notre récolte nous a coûté 162 $ la tonne, alors que ça nous aurait coûté 210 $ la tonne si on avait acheté le maïs. »

Soya

En 2017, la même parcelle a été ensemencée en soya et la récolte qui s’en vient s’annonce prometteuse, a constaté sur place le magazine Grains à la fin de juillet. « Les plants de soya sont très beaux tant en hauteur qu’en largeur. Ils ont plusieurs branches, ce qui permet d’espérer qu’ils donneront plus de gousses et qu’ils seront moins sensibles à la verse. Leurs racines explorent bien le sol », a remarqué Vicky Villiard. La parcelle ne montre pas de traces de compaction malgré quelques passages de voitures à grains l’automne dernier. Selon l’agronome, le sol a une bonne porosité, une bonne structure. Un ver de terre s’accrochait d’ailleurs à la motte de terre qui était venue avec le premier plant de soya arraché lors de notre visite au champ. Un bon signe!

Préserver les acquis

Aujourd’hui, Bernard Martel se propose de protéger ses acquis et il reconnaît que d’avoir produit du maïs trois années de suite dans ses champs a été mauvais pour ses sols. « Ça va être à nous de surveiller la situation pour que l’égouttement de surface continue à bien fonctionner, quitte à faire venir la niveleuse un peu plus souvent », se promet-il.

Quant à Vicky Villiard, elle met les gens en garde contre la compaction occasionnée par les passages répétés de la machinerie quand les sols sont humides. Elle déplore particulièrement les passages de voitures à grains dans les champs, ce qui est monnaie courante au Québec. « Presque tout le monde le fait », déplore-t-elle. Selon l’agronome, les voitures à grains ne devraient jamais s’aventurer hors des chemins de ferme. Idéaliste? Peut-être, mais au bout du compte, tout le monde sait qu’elle a raison.