Denis Champagne consacre une centaine d’hectares à la culture de l’épeautre biologique. Crédit photo : Martin Ménard/TCN

Denis Champagne consacre une centaine d’hectares à la culture de l’épeautre biologique. Crédit photo : Martin Ménard/TCN

L’épeautre bio séduit producteurs et acheteurs

LANORAIE — La récolte d’épeautre biologique s’effectuait à bon rythme à la ferme de Denis et Diane Champagne le 1er août dernier. L’agriculteur de Lanoraie, près de Berthier, était cependant un brin stressé.

« Le grain n’était pas tout à fait mûr et les prévisions annonçaient du beau temps pour quatre jours de suite. Alors on a pris un rare congé au lieu de commencer la récolte d’épeautre. Sauf qu’il s’est mis à pleuvoir… Il a fallu retarder la récolte et on craignait que le grain commence à germer. J’ai regretté d’avoir pris congé, déclare M. Champagne. Mais finalement, on n’a pas trop perdu en qualité! »

Cependant, sa récolte d’épeautre affiche cette année un rendement inférieur de 20 % à celle de l’an dernier et un niveau de protéines plus faible. Compte tenu des conditions climatiques, l’agriculteur se dit néanmoins satisfait de sa récolte.

L’épeautre se vend un peu plus cher que le blé, mais les débouchés sont moins nombreux. Crédit photo : Martin Ménard/TCN

L’épeautre se vend un peu plus cher que le blé, mais les débouchés sont moins nombreux. Crédit photo : Martin Ménard/TCN

Comme du blé, ou presque

La culture de l’épeautre ressemble à celle du blé, à la différence que le rendement est légèrement inférieur. Lors d’une bonne année, le producteur obtient 4 t/ha versus 4,5 t/ha pour le blé.

Autre élément distinctif : le grain n’est pas décortiqué lors du battage. « La présence de l’écaille [glumelle] nous oblige à manipuler et à transporter 30 % du poids inutilement », explique M. Champagne, qui cultive une centaine d’hectares d’épeautre. Cette culture a toutefois l’avantage d’étaler les travaux, puisque l’épeautre arrive à maturité après le blé d’automne.

À environ 550 $ la tonne, l’épeautre bio se vend un tantinet plus cher que le blé et permet à l’agriculteur de diversifier sa mise en marché. « Mais il n’y a pas beaucoup d’acheteurs pour l’épeautre, alors si ton grain est déclassé en raison d’une qualité insuffisante, tu restes pris avec, contrairement au blé que tu peux passer ailleurs », indique M. Champagne.

Une culture en progression

Les grains anciens comme l’épeautre gagnent en popularité auprès des acheteurs. Sans révéler la quantité exacte qu’il met en marché, Robert Beauchemin dit acheter plusieurs milliers de tonnes d’épeautre cette année. « Il y a cinq ans, on parlait plutôt de centaines de tonnes; c’est en progression », révèle le président de La Meunerie Milanaise. Les boulangeries artisanales ne sont pas les seules à demander des grains anciens. Les boulangeries industrielles sont aussi de la partie, tout comme certains détaillants de farine. Le marché de l’épeautre devrait continuer de croître, anticipe M. Beauchemin. Ce dernier fait remarquer que les agriculteurs du Québec livrent un produit dont la qualité s’améliore d’année en année. La stabilité des prix contribue également au succès commercial de l’épeautre. « Il y a quelques années, le prix pouvait doubler, ce qui rendait l’épeautre moins intéressant pour faire du pain. Ensuite, il pouvait replonger, ce qui était peu intéressant pour les agriculteurs. On a travaillé en recherche et développement pour améliorer l’agronomie et ainsi avoir des rendements et des prix plus stables », explique M. Beauchemin.

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