Oser parler pour rompre l’isolement

Cette semaine, nous dérogeons à notre habitude de vous présenter une chronique suivie d’une question posée par les lecteurs. Nous avons reçu une lettre anonyme d’une agricultrice il y a quelque temps déjà et nous avons décidé d’utiliser notre chronique pour lui répondre. Voici ce qu’elle écrivait.

À coeur ouvertQ J’en aurais bien long à dire, mais le temps me manque. Je fais partie de la petite minorité à qui on ne demande jamais son opinion. J’ai déjà voulu écrire à La Terre de chez nous pour donner mon point de vue et ensuite, je me suis dit que ça n’en valait pas la peine. J’ai 50 ans. Ça fait 25 ans que je travaille tous les jours à la ferme. Je suis mariée, même si j’ai eu envie de divorcer au moins 100 fois. Les personnes de mon entourage, surtout la belle-famille, ne comprennent rien, rien, mais rien. J’ai eu cinq filles aussi, et ça décourage mon mari, car il est vieux jeu. Le mot « vacances » ne fait pas partie de mon vocabulaire. J’aimerais vous communiquer mon nom, mais mon mari va capoter.

R Tout d’abord, nous souhaiterions vous dire que l’opinion de chacun et chacune est valable. En nous écrivant, vous permettez à d’autres personnes de se reconnaître et de briser l’isolement. Vous dites que vous avez une longue vie de travail derrière vous, mais il n’est jamais trop tard pour fixer ses limites. Vous pouvez décider maintenant ce que vous voulez et ce que vous ne voulez plus. Vous dites que les autres ne comprennent rien, mais avez-vous déjà tenté de vous expliquer avec votre belle-famille? Avez-vous essayé de dire à votre mari ce qui vous donnait envie de divorcer? Vous ne semblez pas vous accorder de temps de pause. Pourtant, prendre un petit moment pour soi, ça fait du bien et ça permet de recharger ses batteries. Vous mentionnez que votre mari est découragé parce que vous n’avez eu que des filles. Il arrive que certains hommes accusent leur épouse de ne leur avoir donné que des filles. Nous aimerions rappeler à ces messieurs que le sexe de l’enfant est déterminé génétiquement par l’homme et non par la femme. Par ailleurs, l’important pour avoir une bonne relève, ce n’est pas d’être un garçon ou une fille, mais de vouloir avant tout être agriculteur ou agricultrice. Vous pourriez lui faire rencontrer des pères très fiers d’avoir une relève féminine.

Vous écrivez que vous aimeriez nous communiquer votre nom, mais que vous ne pouvez le faire. Nous vous suggérons de contacter l’organisme provincial Au Cœur des familles agricoles (ACFA) au 450 768-6995 ou à l’adresse acfa@acfareseaux.qc.ca. ACFA accompagne, soutient et informe les producteurs et productrices depuis de nombreuses années. Les services sont gratuits et confidentiels. Vous serez mise en contact avec un travailleur de rang qui peut vous rencontrer directement dans votre milieu à la ferme, au bureau de l’organisme, dans un endroit public, etc. L’important, c’est que vous vous sentiez à l’aise de parler. Cet intervenant, qui possède aussi une expertise en agriculture, prendra le temps de vous écouter sans vous juger, vous aidera à cibler vos besoins et vous accompagnera dans votre recherche de solutions. Il existe également d’autres ressources pour les personnes qui se sentent seules, isolées, incomprises, épuisées, en détresse… Outre ACFA, vous pouvez avoir accès à un travailleur de rang dans les Laurentides, au 514 929-2476, ou dans la MRC de La Matapédia, au 418 631-6445.