Vie rurale 20 septembre 2017

La connexion Internet fait encore défaut

« Médiocre », c’est le terme utilisé par Jocelyne Bergeron-Pinard pour décrire sa connexion Internet. « [Dès que tu veux] suivre une conférence [en ligne], oublie ça, se désole la productrice de Saint-Georges-de-Windsor en Estrie. Ça rentre pendant une minute, ça prend une pause de 20 secondes… »

Elle fait partie des 340 000 foyers québécois qui n’ont toujours pas accès à Internet ou dont la connexion laisse à désirer. Pénalisant pour une ferme qui cherche à améliorer son efficacité et ses rendements.

Infrastructures

Comme dans bien des entreprises agricoles, ni le câble ni la fibre optique ne se rendent chez Mme Bergeron-Pinard. L’accès Internet par satellite s’avère la seule solution. Or, constate Guillaume Desjardins, propriétaire de l’entreprise Géomatique agricole, les réseaux Internet en place sont vétustes et datent d’une dizaine d’années. Les antennes actuelles utilisent des fréquences peu porteuses de 2,4 GHz, alors que les nouvelles utilisent des fréquences de 5 GHz qui permettent de transférer une plus grande quantité d’information.

Aussi, selon l’expert, « la qualité d’Internet suit les axes routiers », le service étant supérieur sur les routes reliant les municipalités. Pour se rendre à la ferme, le signal est ensuite divisé entre le nombre d’abonnés. « Plus il y a de monde sur ces réseaux wifi, plus la vitesse est divisée », explique simplement M. Desjardins.

Impacts

Les agriculteurs mal desservis ne peuvent installer des caméras de surveillance ou faire affaire avec des services Web comme les plateformes de comptabilité en ligne. « C’est là que ça devient vraiment long et désagréable », ajoute M. Desjardins.

L’autre particularité propre aux producteurs, c’est qu’ils n’ont pas seulement besoin d’Internet dans leur résidence, mais aussi dans la cour du garage, dans l’étable, etc., ce qui, selon les fournisseurs, les obligerait à posséder plusieurs comptes. M. Desjardins, qui s’est spécialisé dans la redistribution d’Internet dans les exploitations agricoles, leur propose de regrouper tous leurs bâtiments sur un seul compte Internet. Ses solutions? Interconnecter les bâtiments par un câble lorsque la distance le permet (300 pieds maximum) et poser des antennes sur chaque bâtiment lorsque les distances sont plus importantes.

Finalement, les producteurs peuvent aussi utiliser, sans le savoir, des pièces d’équipements vétustes, comme les routeurs. « Il y a de petits gains à faire, avance M. Desjardins, mais ce n’est certainement pas la faute [des équipements domestiques] si le producteur n’a pas un bon Internet. C’est vraiment une question d’infrastructures. »

Enjeux d’industrie

La faible densité de population n’incite pas non plus les grands fournisseurs à développer les infrastructures nécessaires. « Si nous ne sommes pas en mesure d’élaborer une analyse de rentabilité pour certains secteurs, les solutions possibles requièrent donc d’avoir des partenaires », indique la porte-parole de Bell, Marie-Ève Francoeur. De son côté, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a aussi indiqué à La Terre qu’un effort de collaboration entre les gouvernements provinciaux, fédéral et le secteur privé sera nécessaire pour atteindre les vitesses de connexions cibles visées par le CRTC.

Mme Bergeron-Pinard est on ne peut plus d’accord. « Peut-être que d’ici l’an 3000, ça va arriver [ici] », dit-elle à la blague.  

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