Actualités 28 août 2014

La Banque nationale rentre dans ses terres

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La banque cède à la pression exercée par les producteurs agricoles qui lui reprochaient d’acheter des terres pour spéculer.

La sixième banque canadienne a confirmé à la Terre, vendredi, qu’elle se retirait de ce marché après avoir « entendu » les critiques dirigées à son endroit.

« Nous ne ferons plus d’offre pour acquérir de nouvelles propriétés. On prend acte de ce que les gens nous disent », a précisé le porte-parole de la Banque Nationale, Claude Breton.

Il ajoute que le projet-pilote mené au Lac Saint-Jean, qui a fait beaucoup de mécontentement, n’aura pas de suite. L’incursion dans les terres agricoles se sera avérée comme une aventure risquée par la Banque, qui a essuyé les critiques de ses clients. Néanmoins, l’institution bancaire ne voit pas ce retrait comme une erreur de parcours. « L’acquisition de terres, c’est un débat qui dépasse la Banque Nationale. C’est davantage un débat social sur le modèle agricole. Est-ce qu’on veut privilégier un modèle familial, ou y-a-t-il de la place pour un autre modèle? », a-t-il questionné.

Un producteur en colère

Il reconnaît toutefois que le modèle proposé par la Banque a créé des « insatisfactions ». Le producteur de vache-veau Gérald Rousseau, de Saint-Stanislas, au nord de Dolbeau-Mistassini, avait dénoncé vertement la façon de faire de l’institution bancaire « qui est en train de faire exploser le prix des terrains sur notre dos », avait-il confié à la Terre, début avril.

Sur cette question, Claude Breton répète que la Nationale « n’est pas allée là-dedans pour spéculer ». Il insiste : « C’est de la finance-fiction que de dire ça. On est là pour le long terme. La Banque est trop imprégnée au Québec pour essayer de faire de la spéculation à court terme ».

La Banque n’a pas prévu fermer le Fonds d’investissement agricole créé au début de 2012 par l’entremise de la société à numéro 8062072 Canada inc. pour les achats de terres agricoles. Pourrait-elle revenir sur le marché quand le portrait d’ensemble sera mieux défini? « On pourrait revenir, mais autrement », avance le porte-parole. Il a tenu à saluer la décision du ministre de l’Agriculture, Pierre Corbeil, qui a commandé une étude sur l’accaparement des terres.

Rappelons que la Banque a semé la colère chez les producteurs agricoles après s’être lancée dans l’acquisition massive de terres au Lac Saint-Jean. Trois propriétés ont été acquises jusqu’à présent, et une quinzaine d’autres dossiers restent à compléter. « On ne s’imposera pas de carcan pour les mener à terme », dit Claude Breton. Il n’écarte pas la possibilité de louer les terres déjà acquises par la Banque aux producteurs qui en feront la demande.

Rencontres au sommet

Par ailleurs, la Terre a eu la confirmation que la décision de la Banque de « rentrer dans ses terres » a été prise, « il y a environ deux semaines », au terme de rencontres auxquelles a pris part personnellement le PDG de la Nationale, Louis Vachon. Il a discuté du dossier avec les hauts-dirigeants de la Coop fédérée, Claude Lafleur, et de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau.